Série

Sex Education

« Il n’est pas méchant », c’est ce que toute fille dirait d’un garçon, certes sympathique, mais irrémédiablement destiné à la Friendzone. La série Netflix Sex Education ne s’éloigne pas vraiment de ce concept.

Dans une Angleterre perdue géographiquement et temporellement, vit Otis, adolescent tout aussi égaré que son lieu de résidence dont le premier amour s’avère mouvementé. Fils de sexologue et érudit théorique en la matière, notre jeune héros incarné par le juvénile Asa Butterfield se retrouve malgré lui thérapeute dans un monde où les lycéens ont la vie sexuelle d’habitués du porno. Aucune vraie nouveauté scénaristique n’est présente dans cette histoire où tous les déboires sentimentaux ne sont que copies de contenus pré-existants.

Ce serait pourtant mentir de dire que la série ne se laisse pas regarder, avec sa bande son efficace et ses décors parsemés de couleurs, Sex Education accroche le spectateur. Les personnages, même s’il nous faudra revenir sur ce point, sont globalement attachants et le rythme d’une “mission” par épisode fonctionne bien. La légèreté est présente ici, quoi qu’on puisse en dire, alors pourquoi y a-t-il autant de problèmes à soulever ?

Pour répondre à cette question il ne me faudrait pas une liste de course mais un essai de vingt pages : s’il ne suffisait que d’une image accrocheuse et d’une musique entraînante pour faire un bon programme, les clips d’Ariana Grande recevraient des prix à Cannes. Commençons par féliciter Netflix, grand producteur, de ses vaines tentatives de rendre cette teen série tous publics.

Bravo Netflix, pour tes personnages homosexuels qui apparaissent deux fois en une saison.
Bravo Netflix, pour ce stéréotype du “meilleur ami gay et noir” qui crève tellement l’écran qu’il faudrait être aveugle pour seulement en faire un personnage secondaire.
Bravo Netflix, d’avoir pris l’énorme risque de choisir un homme blanc, hétéro et cis comme héros.
Bravo Netflix, de l’avoir couplé à une femme blanche, hétéro et cis taille 32.

Question réalisme, nous sommes aussi graciés.

Tout d’abord Sex Education annihile l’autorité parentale. Outre la mère d’Otis, jouée par Gillian Anderson (que beaucoup jugeront être le seul intérêt de la série), les quelques parents représentés à l’écran n’en portent que le titre. Ceux d’Eric rouspètent et ignorent tout simplement les difficultés rencontrées par leur fils au lycée. Ceux de Jackson (un couple mixte de lesbiennes, bravo Netflix) disparaissent après le fragment d’épisode qui leur est consacré. Et, paroxysme du concept, ceux de Maeve sont totalement absents. L’invisibilité parentale, bien qu’elle ne permette pas autant de déviance que pour Skins, autorise malgré tout, une sacrée libération sexuelle des lycéens représentés.

Car oui, Sex Education, sans surprise ça parle beaucoup de sexe. Du sexe dans une forme édulcorée où les images les plus “choquantes” sont disséminées principalement dans les premiers épisodes pour fidéliser un spectateur hésitant, mais du sexe quand même. La chose est dans toutes les pensées, l’idée est d’ailleurs soulevée par Maeve dès le premier épisode. Ces jeunes de seconde (bien que ladite Maeve ait l’air d’avoir redoublé huit fois) n’ont pas seulement entendu parler du concept, ils en sont les fervents praticiens. Sans figure d’autorité, l’univers de la série se permet d’aller aux limites du possible, présentant même lors d’une (longue) séquence deux jeunes filles s’entraînant au coït dans la piscine du lycée. Car pourquoi pas.

Puisque la série est reconduite pour une seconde saison, il n’est peut-être pas fou d’espérer y voir le personnage d’Otis disparaître dans un terrible accident de bus et celui d’Eric (Ncuti Gatwa) se libérer des clichés qui l’accablent pour devenir le vrai héros d’une histoire qui lui appartient déjà un peu. Maeve (Emma Mackey) quand à elle, pourrait découvrir qu’on lui a menti sur sa date de naissance et qu’elle a en vérité l’âge d’être à la fac. Adam n’aurait été qu’une vision de l’esprit malade de la showrunneuse Laurie Nunn, car aucun personnage homophobe puis homosexuel-pardonné ne devrait encore exister dans une série qui se veut progressiste.

Si mes folles espérances se réalisent, la prochaine saison de Sex Education pourrait devenir réellement intéressante et dépasser le stade du cliché ambulant, qui, bien qu’il puisse marcher quelques mètres, est incapable de faire plus que trottiner.

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