Autre

Radium Girls – Confinement #2

Photo de Mae Keane, la dernière des Radium Girls

On se retrouve aujourd’hui non pas pour parler spécifiquement d’un film ou d’un livre mais plutôt d’un fait divers quasiment historique qui a inspiré beaucoup d’œuvres. Cette histoire effacée de l’Histoire, malheureusement, personne ne pouvait l’inventer.

Le radium est un élément chimique présent dans tous les minerais d’uranium. Découvert par Pierre et Marie Curie, le radium est purifié depuis les roches duquel il est issu afin d’être de plus en plus affiné. Bientôt on lui octroie des vertus médicinales, on le pense capable de rajeunir la peau si appliqué en crème, de soigner les maladies si posé contre la peau.

« Radium, the most precious substance in the world » décrit en 1937 le court-métrage Radium Romance réalisé par Jacques Tourneur.

Aux Etats-Unis à l’aube de la Première Guerre Mondiale c’est surtout les qualités phosphorescentes de la peinture à la base de radium que l’on admire. Bien vite, on lui trouve une utilité incontournable : rendre luminescents les chiffres inscrits sur les cadrans des horloges pour qu’on les voit dans le noir. Chanceuses sont les jeunes femmes embauchées dans ces grandes ateliers d’horloges et payées à peindre les réveils à la main. Le radium à l’époque, c’était un peu un produit phare, la matière chic.

Les meilleures ouvrières arrivent à peindre jusqu’à deux-cent cadrans par jour, leur technique imparable consiste à passer les poils du pinceau entre les lèvres pour les humidifier et créer une pointe plus précise. Lip, dip, paint. C’est cette méthode que l’on enseigne à toutes les nouvelles arrivantes.

Ces « radium girls » on les appelle aussi les « ghost girls » car la poussière volatile de radium qu’elles mélangent à des liants pour créer leur peinture se dépose sur leur peau, leurs cheveux et leurs vêtements. Lorsqu’elles rentrent le soir chez elles, elles scintillent. Luire dans le noir les fait beaucoup rire et leurs inquiétudes préalables ont été balayées par les promesses de leurs supérieurs : la peinture n’est pas dangereuse, elle les rendra jolie.

Un jour, une jeune femme tombe malade, une simple rage de dent qui l’empêche de se rendre au travail. Petit à petit d’autres cas émergent, certaines ouvrières ressentent des douleurs dans un bras, ou une jambe, d’autre dans la gorge. Alors que les médecins leur prescrivent de l’aspirine pour ce qui passe tout d’abord pour des rhumatismes, les douleurs persistent, les dents tombent, les os s’effritent spontanément.

Cadran de montre peint au radium

Irradiées par le radium avec lequel elles peignaient les cadrans, ce n’est qu’au bout de cinq à six ans que les ghost girls découvrent les conséquences de cet empoisonnement inconscient. Le corps criblé de tumeurs, la bouche pleine de pus ou les os pulvérisés sans raison, elles entament une poursuite contre l’entreprise qui leur a menti toutes ces années.

L’affaire est terrible, non entendue, la voix de ces femmes est étouffée par leurs patrons. Menacées ou raillées, elles se retrouvent seules face à un monde qui ne croient pas au danger du radium. Aux Etats-Unis, c’est l’un des premiers cas où est mise en question la responsabilité d’un employeur sur la santé de ses employés. Au bout de deux ans de lutte, l’affaire éclate, le danger du radium est reconnu mais l’entreprise s’en sort presque sans dégâts. Grâce à ces femmes dont certaines ont témoigné sur leur lit de mort, de nombreuses autres vies ont été sauvées mais elles ont souffert de bien plus de conséquences que les sociétés qui les employaient.

Cet événement oublié de l’Histoire et que Kate Moore tire de l’obscurité dans son livre The Radium Girls : The Dark Story of America’s Shining Women (2016) a inspiré de nombreuses oeuvres.

Le Radium Girls (2018) de Lydia Dean Pilcher et Ginny Mohler, est une fiction suivant particulièrement le cas de Bessie et Joséphine, deux jeunes ouvrières dont les rêves de futur sont tués par le début de leurs symptômes et la découverte de leur maladie. S’ils se basent sur des faits réels, le scénario de ce film et ses personnages sont inventés.

Côté littérature, un autre Radium Girls (2013) écrit par Jean-Marc Cosset penche plutôt vers le thriller et raconte la chute de tous ceux ayant agi pour protéger l’industrie en décrédibilisant les victimes. « Ceux qui ont pêché par le radium mourront par le radium. »

Finalement une BD à paraître, celle de Cy intitulée, je vous le donne en mille : Radium Girls (2020) qui présentera les figures importantes de cette lutte ouvrière en donnant d’ores et déjà les grands noms des femmes qui ont marqué cette sombre affaire.

Je ne peux que vous encourager à vous informer sur cette histoire oubliée mais glaçante tout en vous mettant en garde contre les clichés choquant que vous pourriez trouver (l’irradiation n’a rien de joli). J’espère que cet article un peu différent des autres vous a plu. Je vous retrouve bientôt pour une nouvelle note de confinement.

Ouvrières peignant des cadrans de montres, vers 1900 – Crédits : Ingersoll Watch Company

Sources :

  • L’émission documentaire France Culture en deux parties sur les Radium Girls
  • Romance of Radium, un court-métrage optimiste de Jacques Tourneur (1937)
  • Le radium, petit article présentatif sur le site « La radioactivité »
  • The Radium Girls : The Dark Story of America’s Shining Women (2016) de Kate Moore
  • Un article Buzzfeed très détaillé écrit par Kate Moore qui résume l’affaire.
  • Un petit article sur le blog d’Augustin Massin écrit lors du décès de Mae Keane.

3 réflexions au sujet de “Radium Girls – Confinement #2”

  1. J’ai lu « Radium Girls » de Cy et je n’avais jamais entendu parler de cette histoire avant de lire la BD. C’est injuste parce que ces femmes ont contribué à faire évoluer la droit social américain. Leur sort a été terrible, d’autant plus qu’ils ont été nombreux à fermer les yeux sur les conséquences. Leurs patrons savaient mais ils n’ont rien dit. Est-ce que tu l’as lu depuis ? 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Terrible que ce genre d’évènements de l’Histoire passe à la trappe, en particulier lorsqu’ils sont arrivés à des femmes. Je n’ai toujours pas lu la BD de Cy, ça me désole car j’adore son travail et que la BD est sur ma liste de cadeaux de Noël depuis quelques temps. Merci d’avoir pris ton temps pour me lire et m’écrire un mot !

      J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s