Film, Lecture

Jane Austen – Confinement #6

Orgueil et Préjugés, Joe Wright (2005)

Il y a quelques jours j’ai découvert que Cultura donnait gratuitement accès à plusieurs des œuvres de Jane Austen en format eBook. Je me suis dit que c’était la parfaite occasion de vous parler de livres que vous pourriez réellement vous fournir si vous avez envie de lecture. J’en profite aussi pour parler un peu d’une des écrivaines les plus connues de la littérature anglaise (Jane Austen hein, pas JK Rowling).

Amoureuse de littérature depuis sa plus tendre enfance (son père encourageait chacun de ses enfants à se plonger dans les livres de la bibliothèque familiale) Jane commence à écrire dès l’âge de onze ans des poèmes et des nouvelles généralement parodiques qui seront plus tard compulsées dans le recueil très peu connu Juvenilia. Certains de ces textes adolescents préfigurent déjà les œuvres majeures de sa carrière.

Entre dix-huit et vingt ans elle écrit Lady Susan, roman épistolaire considéré comme le plus ambitieux de ses projets. On retrouve dans ce texte le regard critique d’Austen sur son époque et sur la place de la femme que l’étiquette opprime alors. En effet, née en 1775 et décédée en 1817, l’auteure ne connaîtra que l’époque Georgienne (1714-1830, elle précède l’époque Victorienne) durant laquelle la place de la femme dans la société Britannique est à la fois limitée et codifiée. Il est impensable à cette époque qu’une femme de bonne famille travaille, en règles générales il est assez mal vu pour un membre de la gentry anglaise (nom donné à la petite noblesse britannique démunie de titres) ou de rangs supérieurs de travailler. Même lorsque de gros problèmes financiers se présentent. La seule possibilité pour une femme de se sauver de la pauvreté est donc de faire un bon mariage ce qui la fait passer de la tutelle de son père ou de son frère à celle de son mari. En Grande-Bretagne une femme mariée n’était par ailleurs plus considérée comme une personnalité juridique, à savoir qu’elle dépendait entièrement de son mari et n’avait donc aucun droit ni devoir pour elle-même.

C’est peut-être ce point de vue qu’il faut adopter lorsque l’on s’interroge sur l’oeuvre de Jane Austen, une femme non-mariée qui serait restée totalement dépendante de sa famille sans les revenus gagnés grâce à sa plume. Comme la plupart des femmes de son époque, elle est contrainte de publier ses manuscrits anonymement. L’écriture, comme toute activité non directement liée au mariage et au foyer, n’était pas perçue comme une occupation noble pour une femme et lorsque certaines d’entres elles souhaitaient être publiées c’était en général sous un faux nom. Le tout étant de ne pas donner l’impression qu’une femme aurait l’ambition d’être connue en tant qu’auteure sous son vrai patronyme.

Portrait de Jane Austen d’après l’aquarelle peinte par sa soeur (1873)

En 1811, Jane Austen fait publier Raison et Sentiments, puis profite du succès rencontré pour publier Orgueil et Préjugés. L’auteure n’est jamais créditée sur la couverture de ses livres de son vivant et est simplement désignée par « a Lady » ou « The author of Sense and Sensibility ». Elle publiera par la suite Emma et Mansfield Park. Tous centrés sur des personnages féminins, ces romans sont souvent à tort perçus comme des histoires romantiques alors qu’ils sont surtout des réflexions sur la nature humaine. Beaucoup de personnages sont dotés de caractères répréhensibles mais Austen les construits toujours totalement, ne survolant ni les figures parentales désobligeantes, ni les personnages secondaires à la personnalité insupportable (coucou cousin Collins !).

Ces livres ont bien sûr réussi à faire leur chemin jusqu’au grand écran, et aujourd’hui il me tient bien à coeur de parler de ces histoires et des nouvelles formes qu’elles ont pu prendre. En commençant par deux romans que je n’ai pas cités plus tôt, à savoir Northanger Abbey (aussi appelé Catherine Morland ou Susan) et Persuasion, car ils ont été publié à titre posthume par le frère de Jane.

Northanger Abbey est le premier roman que l’auteure considère comme bon à la publication, malheureusement une mésaventure avec un premier éditeur qui lui rachète le copyright sans jamais publier le livre (elle réussit à racheter les droits de son propre travail dix ans plus tard mais elle considère alors que trop de temps est passé et que le sujet du roman n’est plus suffisamment d’actualité) empêche le livre d’être jamais publié de son vivant. On y découvre Catherine, toute jeune femme, qui fait ses débuts dans le monde dont elle ignore tout. Sa naïveté conduit à de nombreuses mauvaises interprétations de ce qui l’entoure. C’est peut-être la moins connues des œuvres d’Austen mais il s’agit bel et bien du premier texte qu’elle a perçu comme « achevé » alors si vous avez lu un ou deux romans et que la « vibe austenienne » vous a plus, il peut être intéressant de lire celui-ci pour voir le développement de l’écrivaine.

J’apprécie beaucoup Persuasion, et je perçois dans cette histoire un changement de ton qui fait à mon sens écho à la vie de l’auteure lors de l’écriture du livre. Anne Elliott, vingt-huit ans, évolue avec peine dans une famille vaniteuse. Considérant sa beauté comme fanée, elle regrette sa jeunesse et les fiançailles qu’elle a rompu l’homme qu’elle aimait de peur d’être reniée par sa famille. C’est part ce postulat que démarre le roman que beaucoup considère comme inachevé. On retrouve ici le poids de la hiérarchie sociale de l’époque Georgienne, avec la fille d’un baronnet que certains préféreraient voir vieillir seule plutôt que d’épouser un officier de marine. Mais d’un autre côté, Austen parvient à détourner ces contraintes sociales en parlant de mariage d’amour et de seconde chance. L’oeuvre connaît plusieurs adaptation télévisée depuis les années 1960 (particulièrement par la BBC) mais aucune n’a beaucoup fait parlé d’elle.

Le livre qui a connu le plus d’adaptation est sans aucun doute Orgueil et Préjugés, la série produite par et pour la BBC en 1995 est particulièrement appréciée, bien que le film de Joe Wright de 2005 ait également reçu de très bonnes critiques (avec sa bande son que j’écoute souvent lorsque j’écris). Une des adaptations du roman qui me fait le plus rire est indéniablement le très mauvais Orgueil et Préjugés et Zombies (un livre adapté en 2016 par Burr Steers) qui, si on le regarde sans en attendre quoi que ce soit, offre une bonne partie de rigolade. Je veux dire… Darcy qui combat des zombies avec un katana ? Les soeurs Bennet qui font des arts martiaux ? C’est pas le pitch de fanfiction le plus drôle et what the fuck dont vous avez entendu parler ?

Raison et Sentiment, possède selon moi l’une des meilleures adaptations, le destin d’Eléanor et Marianne, ces deux sœurs vouées à la pauvreté après le décès de leur père (on rappelle qu’à l’époque un homme ne peut faire hériter de ses biens qu’à un descendant mâle -oui c’est assez archaïque pour que je parle de mâle et de femelle- et que s’il ne possède pas de fils il ne peut pas faire hériter ses filles) est joliment mis à l’écran par Ang Lee en 1995. Avec quelques uns des meilleurs acteurs du moment, à savoir Emma Thompson, Kate Winslet, Alan Rickman et Hugh Grant (et Hugh Laurie, même si son personnage est secondaire).

Et je garde Emma pour la fin car cette comédie va très bientôt connaître une nouvelle adaptation que je n’avais pas spécialement hâte de voir avant de découvrir que Johnny Flynn (l’acteur que j’ai découvert dans la série Lovesick dont je vous parlais il y a un an dans mon tout premier article) jouait dedans. Dans ce film dont la sortie en France est prévue pour le 27 Mai (à voir si la situation actuelle rendra la chose possible) on retrouve la jeune Emma, persuadée de posséder les meilleurs talents d’entremetteuse, qui décide d’aider ses proches à trouver l’amour. Ses agissements, parfois contre le gré des principaux intéressés et effectués avec un discernement relatif, pousseront la jeune femme à voir l’amour d’un nouvel œil.

Je vous encourage à aller lire la bibliographie de Jane Austen si ça n’est pas déjà fait, vous en retrouverez certaines téléchargeables gratuitement sur le site de Cultura (en voici le lien) et si le coeur n’est pas à la lecture je vous conseille de regarder voire même de comparer les multiples adaptations disponibles et de me dire celle que vous avez préféré ! Et si tout a déjà été fait, Jane Austen, c’est aussi les Juvenillia, des recueils d’échanges épistolaires, une biographie écrite par son neveu et Becoming Jane le film très fictionnalisé de 2007 avec Anne Hathaway et James McAvoy dépeignant la relation morte dans l’oeuf de l’écrivaine avec Tom Lefroy.

En soit, peut-être confinés mais pas dénués d’activités !

Emma l’entremetteuse, Douglas McGrath (1996)

Sources :

  • Le saint Wikipedia (toujours dans mon coeur)
  • Cet article de Slate des oeuvres de Jane Austen
  • Le formidable IMDB

1 réflexion au sujet de “Jane Austen – Confinement #6”

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