Autre, Film

Le Rape and Revenge – (Dé)Confinement #12

Revenge – Coralie Fargeat (2016)

Les balades sur internet valent parfois bien les balades dans les rues et, en pleine randonnée virtuelle, j’ai découvert un sous-genre cinématographique que je ne m’attendais pas à rencontrer un jour. Le rape and revenge (à savoir en français le « viol et vengeance ») catégorise des films dont l’héroïne se fait violer au début de l’intrigue et est motivée à administrer à ses agresseurs une vengeance sanglante durant tout le reste du film. Ce sous-genre se raccorde par là aux « vigilante film » à savoir les scénarios au cours desquels le héros ou l’héroïne dépasse les lois pour mettre en place sa propre justice.

Le rape and revenge, naît à proprement parler en 1972 avec le film La dernière maison sur la gauche de Wes Craven – bien qu’on sache son réalisateur fortement inspiré par La source d’Ingmar Bergman (1960). Ce style de film est particulièrement encouragé par des studios de séries B et fleurit un temps dans le cinéma d’horreur, de genre, d’exploitation ou encore dans le cinéma pornographique sur lequel je me pencherai peut-être dans un prochain article. Difficile pour moi de simplement accepter le fait que de nombreux scénaristes se sont congratulés d’avoir « enfin » trouvé une bonne motivation à une femme pour en faire l’héroïne de leur film. Pourtant, la naïveté nanardesque de certains des films de 1970-1980 fait passer la pilule un peu plus facilement.

Ce sous-genre n’est pourtant pas resté cloîtré dans son époque et a réussi, comme une charmante gangrène, à pulluler jusqu’à nos jours. « Comment a-t-il évolué ? Comment un genre fort peu féministe se développe-t-il à une époque de combat pour la parité et de Me Too ? » me demandez-vous. Eh bien je me suis posée ces mêmes questions lorsque j’ai découvert au détour de mon mémoire un film tout récent (2016) intitulé sobrement Revenge et scénarisé et réalisé par Coralie Fargeat. J’étais particulièrement curieuse de redécouvrir le rape and revenge sous un point de vue féminin et de voir comment l’héroïne du film allait gentiment émasculer ses oppresseurs.

Je pense sincèrement que je n’ai jamais autant pesté devant un film. Pourtant certains peuvent attester que j’ai le râlement facile.

Toute l’action de Revenge se déroule dans des plaines désertiques où trois hommes, Richard, Stan et Dimitri ont pris l’habitude de chasser lors de vacances excessivement « testostéronées » et lourdement armées. Un peu avant le début de leur chasse annuelle, Richard (je ne prendrai pas la peine de nommer les acteurs, je ne les connaissais pas et vu leur jeu relativement déplorable, je ne pense pas les revoir un jour) profite de sa villa dans le désert pour passer quelques jours avec Jen, sa maîtresse.

Je peux dire que même si je ne partais pas forcément gagnante avec ce visionnage, tout s’est gâté au bout d’environ trente-cinq secondes de film. L’héroïne n’a pas de personnalité. Et j’ai cherché ! Mais vraiment, je n’ai pas réussi à lui en inventer une. Bimbo sensuelle, Jen joue de sa plastique auprès des hommes qui l’entourent et si, en soi, je n’ai aucun problème avec son assurance, mon dieu que c’est insupportable quand rien ne se cache derrière ! Du vide, du vent, du rien, le néant dans une bouteille en plastique. Pâle copie d’une lolita, Jen débarque dans la villa en suçant une chuppa chups, change de « sucrerie » au bout de trois minutes de film et qui, même après sa métamorphose en mode créature vengeresse, n’a vraiment pas grand chose à offrir. Et c’est hyper frustrant de se retrouver avec un personnage si creux et sous-développé quand, en face, les trois hommes ont plus de matière alors qu’ils sont censés représenter les gros méchants du truc.

Revenge – Coralie Fargeat (2016)

En soi, je vous préviens, ma critique risque de spoiler un peu mais si vous avez compris le principe du rape and revenge alors vous avez compris tout le plot du film.

Jen se fait violer puis laisser pour morte dans le désert. Lorsque les trois affreux se rendent compte qu’elle a survécu, ils décident de la traquer plus ou moins efficacement. Mise à part une technique franchement brinquebalante (des tentatives de « beaux plans » infusées d’inspirations Mad Max suivies d’images floues, longues et sans intérêt) et des effets qu’on aurait cru tout droit venir des années 70, le film remporte un franc succès pour ce qui est de créer des incohérences. Empalée sur une branche, Jen n’a besoin de soigner que sa plaie au ventre pour que celle au dos se referme (les docteurs la détestent), les personnages parcourent des kilomètres en moto pour rattraper une meuf blessée à pieds mais rentrent en huit minutes à la base, la temporalité est totalement claquée au sol. Bref.

J’ai ici tellement d’éléments à démonter que j’ai presque l’impression d’être à Noël. Pour les non linguistes, je préviens, le film est bilingue. Pourquoi ? Pour avoir des financements de plusieurs pays : les personnages parlent anglais et français, aucune remarque n’est faite sur ça, ils comprennent tous les deux langues sans problème, même pas besoin d’expliquer, même pas de tentative de camoufler que c’était un choix de production.

Comme j’essaye toujours de trouver le verre à moitié rempli (en bonne positiviste que je m’efforce de devenir), j’ai tout de même déniché quelques idées plutôt rigolotes dans le film. Une course poursuite où les personnages dérapent sur un sol couvert de sang, la cautérisation d’une plaie ouverte avec une canette de bière (ce qui laisse sur la peau le logo de la bière en décalcomanie) mais tout ces trucs un peu fun et décomplexés sont totalement ruinés par un mode de représentation qui se prend trop au sérieux.

En conclusion : non, ce film ne réinvente pas le genre et est une purge à regarder même en essayant de se convaincre qu’on regarde un film mauvais pour le fun. C’est douloureux de sentir à quel point ce que le personnage féminin se prend dans la tronche n’est qu’un prétexte à la foutre dans le désert en soutif culotte avec un fusil à lunette sur l’épaule. Désolant même, sachant que le film est sorti en pleine affaire Weinstein et que la réalisatrice a un peu surfé dessus au cours de ses interviews.

Car oui, curieuse, naïve et sans doute un peu masochiste, je suis allée fouiller dans les interviews de l’incompréhensible Coralie Fargeat.

Tout d’abord, Fargeat n’est pas une connaisseuse du genre dans lequel s’inscrit son film, elle en parle très très peu et à tendance à présenter son film comme une « super idée de la vengeance des femmes sur leurs oppresseurs » ce qui fait que de nombreux spectateurs ont juste l’impression qu’elle plagie volontairement les rape and revenge « classiques ».

Ensuite, j’étais très curieuse de savoir pourquoi elle avait choisi le viol, plutôt que n’importe quelle autre forme d’oppression et je dois vous avouer que j’ai particulièrement ragé quand j’ai vu qu’elle avait simplement choisi ça sans trop de raison, pour concentrer toutes les violences contre les femmes en un seul acte. A l’image, le viol n’est même pas représenté comme la chose la plus violente ou la plus désagréable que dois supporter Jen, c’est presque une anecdote placée là pour lancer le film. Et ça me fait vomir avec plus d’efficacité qu’une endive au jambon.

Pour conclure ce très (très) long article, je voulais absolument faire une ouverture sur cet ancêtre du rape and revenge qu’est la peinture. Avec, ici, le tableau Timoclea, peint par l’artiste italienne Elisabetta Sirani en 1659. L’oeuvre représente Timoclée, une thébaine, poussant dans un puits l’homme qui l’a violée et dont l’histoire est racontée par Plutarque dans ses récits de la Vie d’Alexandre. Un petit rappel pour dire que peu importe l’époque, les violeurs méritent juste de bien se fracasser au fond de puits. Allez ! Paix et amour !

Timoclea – Elisabetta Sirani (1659)

Sources :

  • Un article présentant le rape and revenge.
  • Une interview de Coralie Fargeat.
  • L’éternel Wikipédia.
  • Le formidable Sens Critique.
  • Le génial IMDB.
  • Une petite biographie d’Elisabetta Sirani issue du site Your Dictionary.
  • Un texte allociné sur les « incontournables » du rape and revenge.

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