Film

Jumbo – (Dé)Confinement #16

Visionné le soir de l’ouverture du Champs Elysées Film Festival, Jumbo est un film dont le synopsis m’a fait faire « oui oui oui oui » et le scénario m’a finalement fait faire « non non non non ».

On retrouve dans ce film, Jeanne, une jeune femme mentalement sensible et peu sociable qui vit avec sa mère, l’exubérante Margarette, et travaille dans un parc d’attraction. Elle découvre un jour qu’une des attractions, le « Move it » qu’elle a rebaptisé « Jumbo » peut prendre vie, chose qui entraîne une histoire d’amour aussi inattendue que passionnelle.

Si le postulat de base m’a un peu rappelé le pitch de Yves, sorti la même année (si ça ne vous dit rien il s’agissait de l’amitié entre un musicien et son frigo intelligent), j’étais plutôt curieuse de découvrir ce que ferait la réalisatrice de ce synopsis inspiré d’un fait divers. Avec un casting prometteur et un message d’acceptation de soi et des autres plutôt positifs, le film lançait des promesses avant même de commencer !

Jumbo est le premier long-métrage de Zoé Wittock, on y retrouve Noémie Merlant dans le rôle principal et Emmanuelle Bercot dans celui de la mère impudique. Les deux autres personnages du film sont incarnés par Bastien Bouillon qui en interview a l’air très sympa et Sam Louwyck dont le chouette accent m’a plu (j’aime les accents, c’est plus fort que moi).

Tout d’abord, c’est assez sympa de retrouver Noémie Merlant dans un personnage totalement différent de Marianne dans Portrait de la Jeune Fille en Feu (Céline Sciamma, 2019). Ici avec Jeanne, elle a l’air d’avoir dix-neuf ans tout au plus et sa manière d’être rompt totalement avec l’aura que renvoyait Marianne. J’étais très contente de retrouver ses traits caractéristiques, avec ses grands yeux et son petit nez pointu je lui trouve des airs de petite hermine, c’est une beauté qui lui est spécifique et qui lui permet à mon sens de marquer les spectateurs. Je pense malgré tout que, pour ce film-ci, la pauvre n’a pas été mise en valeur par son personnage.

Je ne vais pas vous mentir, la critique qui s’annonce ne va pas être très élogieuse, il y a je trouve, de gros problèmes d’écriture dans Jumbo. Tout d’abord, comme dit plus tôt, le personnage de Jeanne est franchement très peu intéressant. Avec ses hésitations en plein milieu de phrase et son étrangeté sociale, c’est un des rôles qu’il est le plus difficile de tenir pour un acteur ou une actrice et Noémie Merlant ne s’en sort pas haut la main. Jeanne n’attire simplement pas la sympathie et Margarette, qui lui sort naturellement qu’elle a des orgasmes ou qu’elle ne l’a pas conçu avec son vibromasseur, fait elle aussi chou blanc. Pour tout dire, j’ai même trouvé en cette figure maternelle une pâle copie de Diane de Mommy dont je vous avais déjà parlé dans un précédent article.

Les relations entre les personnages ne tiennent simplement pas, les indiscrétions de Margarette qui voudrait que sa fille s’ouvre au sexe avec le premier venu alors qu’elle souffre très clairement d’une introversion maladive, l’attirance et la curiosité du gérant du parc d’attraction pour la jeune femme alors qu’il ne la connait pas et qu’elle n’a été que awkward en sa présence, les interrogations de Jeanne sur son père, dans une scène du film puis plus jamais évoqué, rien ne tombe juste.

Le pire étant sans doute qu’au milieu de tout ça, même la relation Jeanne/Jumbo ne tient pas la route, balbutiante, leur histoire saute des étapes et grille des feux. Alors qu’il aurait été jubilatoire de bien prendre le temps pour découvrir l’existence de cette machine vouée d’une conscience, on saute tout de suite dans le sujet sans pouvoir le savourer.

D’un autre côté, j’ai trouvé que le film passait par divers aspects et genres avec beaucoup d’inconsistance. De nombreuses scènes apparaissent autonomes, sans liant entre elles. On peut noter cela dit que le chef opérateur, Thomas Buelens, s’est vraiment donné à fond sur l’image qui est indéniablement le point fort du film. Si l’aspect « clip » de certains passages peut potentiellement déranger, c’est assez chouette de voir qu’il a profité à cent pour cent des possibilités offertes par les lumières de manège.

J’imagine qu’en tant que premier long-métrage Jumbo est acceptable mais je trouve quand même triste que le film s’auto-sabote lui-même à cause de problèmes d’écriture pourtant très basiques. Une autre chose qui m’a un petit peu dérangée a été le besoin apparent de déshabiller Noémie Merlant à chaque occasion. Durant le visionnage je me suis même interrogée sur cette nécessité de toujours la filmer seins nus. Cette nudité excessive m’a juste donné l’impression que la présence de cette actrice déjà bien reconnue pour son talent devait être rentabilisée et même si je ne me suis pas forcément sentie face à un male gaze je n’ai pas retrouvé dans les scènes de nue la sensibilité qui, je pense, était recherchée.

En conclusion, un film qui avait l’air bien sympathique mais qui était trop décousu, des personnages « pas finis » avec des relations peu vraisemblables qui gâchent de bons acteurs et de gros soucis de structure. Pour les curieux et les curieuses malgré tout, le film sort le 1er juillet en salles et les images en valent le coup. J’espère que la prochaine réalisation de Zoé Wittock déjouera ces problèmes et réussira à aller au bout de ses idées. En attendant, j’affûte ma plume pour la prochaine critique !

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