Série

Sex Education – saison 3

Cette année, j’ai passé mon premier mois de septembre sans rentrée scolaire. C’est la première fois depuis vingt-deux ans que je n’ai pas eu à penser à faire mon cartable ou à me racheter des stylos neufs, que je n’ai pas découvert anxieusement quel emploi du temps on me réservait ou combien de temps il me faudrait attendre pour toucher ma bourse. Autrement dit, j’étais en manque de complications et quoi de mieux dans ces cas-là que de regarder une série où les personnages sont encore sur les bancs de l’école ?

Image promotionnelle pour la saison 3 de Sex Education © Netflix

Naturellement, la sortie de la troisième saison de Sex Education ne m’avait pas échappée et je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Si vous lisiez mes articles des débuts, vous aviez sûrement pu apprécier les critiques dithyrambiques et assassines que j’aimais alors écrire. La première saison de Sex Education n’avait pas réchappé à mes griffes à l’époque et je dois dire que deux saisons plus tard, je me suis bien adoucie. Attention aux spoilers, j’ai beaucoup de choses à dire !

C’est dans la même époque floue où jeans pattes d’eph et Chevrolet Corvette cohabitent avec téléphones portables et voging que l’on retrouve nos héros qui se sont bien reproduits depuis les prémisses de la série. En effet, même si Otis et Maeve restent notre point d’ancrage, une place conséquente est donnée aux personnages secondaires et à leurs problématiques. Aussi, pour moi qui n’accrochais pas totalement au duo principal, c’était un grand plaisir de voir les épisodes se découper autrement.

Malgré la diminution des scènes de sexe depuis la fermeture de la « sex clinic« , la série conserve sa didactique et tente d’aborder le plus de sujets complexes. Cette volonté permet la représentation quasi inédite d’une multitude de sexualités et offre une véritable richesse à la série. On retrouve par exemple, via le personnage d’Isaac joué par le talentueux George Robinson, une scène touchante sur les relations sexuelles d’une personne en situation de handicap moteur.

Si Isaac n’est pas le personnage le plus apprécié depuis la fin de la saison 2, je l’ai trouvé particulièrement humain dans les nouveaux épisodes et son rapprochement physique avec Maeve m’a particulièrement touchée. La douceur dans leur échange et le désir qu’ils dégageaient l’un pour l’autre me font dire que, n’étant pas particulièrement fan du duo formé par Maeve et Otis, je ne serais pas dérangée par une relation plus solide entre eux deux. Je ne pense pas avoir déjà vu un moment d’intimité mettant en scène une personne à mobilité réduite (hors peut-être la séquence comique d’Intouchable) et le fait que Robinson lui-même se déplace en fauteuil roulant a grandement aidé à aviver le réalisme du passage.

Image issue de Sex Education Saison 3 © Netflix

Comme d’habitude dans la série, il y a une grande quantité de belles choses, une matière hautement informative incorporée à un scénario prenant qui conduit le public cible (dont moi) à dévorer la série en quelques heures ou quelques jours si la raison est au rendez-vous. Cela dit, à la fin de mon visionnage, j’entendais quelques protestations se former en moi, en particulier par rapport à une intrigue précise de la saison.

Le conflit principal de cette saison est l’arrivée au lycée d’une nouvelle directrice, Hope Haddon (jouée par la splendide Jemima Kirke dont vous avez pu vous délecter dans Girls) qui amène avec elle un projet bien précis de réforme scolaire. Si j’ai particulièrement apprécié les débuts de cette restructuration stricte et la façon dont ces nouvelles règles peuvent apparaître à la fois comme astreignante pour les élèves et positive pour leur apprentissage, je n’ai pas accroché à la manière dont cette intrigue a évolué.

L’axe narratif débute fort ; on aperçoit Hope faire preuve d’un racisme ordinaire inconscient lors de sa rencontre avec Jackson, et on comprend que, malgré sa volonté de faire de Moordale un lieu d’enseignement digne d’une utopie philosophique, elle n’est peut-être pas si irréprochable. Son côté « cool » entre en confrontation avec une forme de rigidité qu’elle dévoile peu à peu mais qui se comprend : après tout, elle a sur les épaules le devoir de sauver la réputation déplorable d’une école en manque de fonds.

Malheureusement, le conflit s’appauvrit quand les directives d’Hope se transforment en un véritable conseil de guerre contre tout ce qui sort de la « norme » et tragiquement, contre la liberté sexuelle et la liberté d’expression. Sa quête de rigueur se métamorphose en une atteinte à l’intégrité des élèves et en une chasse aux sorcières. Les sorcières étant ici les jeunes sortant un peu du rang qu’elle n’hésite pas à humilier devant leurs pairs. Le caractère excessif des mesures d’Hope finit par empiéter selon moi sur d’autres axes narratifs soulevés au cours de la saison, comme par exemple l’idée que Cal (Dua Saleh) ne veut pas que son statut de non-binaire l’oblige à devenir porte-parole des autres jeunes non-binaires. La situation scolaire devient caricatural et rendent Hope acariâtre, le tentative de lui offrir un visage plus humain en dévoilant ses difficultés familiales n’ont pas suffit pour moi à approfondir son personnage.

Ma frustration a sans doute atteint son paroxysme lors de la révolte des lycéens qui, après les affronts réels subits, est tombée un peu à plat. Après l’harcèlement moral, les menaces, le contrôle, les propos quasi-transphobes et le racisme ordinaire, voir leur mise en scène assez ridicule sur leur envie d’aimer leur corps et de revendiquer leur sexualité, le tout dans un style assez puérile, m’a déçue. La réponse n’atteint pas le niveau de l’affront subit.

Image issue de Sex Education Saison 3 © Netflix

En conclusion, je passe outre l’acte manqué car globalement mon visionnage a été plus que plaisant (j’ai avalé les huit épisodes en une journée) et que je me suis ré-attachée à des personnages que je n’avais pas eu tant de plaisir à voir évoluer auparavant. J’attends pour la saison quatre récemment confirmée par Netflix une amélioration de certains conflits et une richesse des axes narratifs du début à la fin.

Dans tous les cas je patienterai en écoutant la très chouette bande originale de la série qui s’enjolive à chaque saison et que je vous conseille grandement !

Mes personnages préférés cette saison : Isaac, Jean, Ruby, Eric (toujours)

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