Lecture

Rocking Horse Road

Ces derniers mois ont été tristement désertiques niveau lecture et récemment, je me suis motivée à rattraper cela. Après une visite rapide à la médiathèque du quartier je repartais les bras chargés de livres et entamais la lecture du premier à me sauter aux yeux : Rocking Horse Road.

Photo fraichement faite par mes petits soins

Quatre jours avant Noël, le corps sans vie de Lucy Asher est retrouvé sur la plage. La petite communauté de New Brighton, dont chacun connaissait la jeune fille, est ébranlée par la nouvelle du viol puis du meurtre qu’elle a subit. Alors que l’enquête menée par la police ne semble conduire à rien, un petit groupe d’adolescents décide de se mettre à la recherche du tueur. C’est le début d’une investigation sans fin qui les poursuivra durant des années, aussi entêtante que la question : « qui a tué Lucy Asher ? »

Publié pour la première fois en 2007 en anglais puis paru en français aux Editions de L’Aube, Rocking Horse Road est un roman noir qui nous plonge en plein été Néozélandais, un jour comme les autres dans les années 1980. Habitué des ambiances inquiétantes et autres bonds dans le passé, Carl Nixon nous offre cette histoire avec une plume particulièrement agréable que j’ai eu plaisir à prendre en notes.

« À quinze ans, nous ignorions que toute vie est faite d’avants et d’après ; d’événements que les gens considèrent plus tard comme un passage à une nouvelle façon de vivre, une nouvelle phase de leur existence, qui parfois s’améliore. Mais souvent, la vie d’après ne vaut pas celle d’avant. »

Photo issue de Unsplash

Dès les premiers instants de lecture, même si nous ne le comprendrons peut-être pas tout de suite, nous nous retrouvons avalés par ce groupe de jeunes plus si jeunes maintenant. Avec le choix d’une narration à la première personne du pluriel, un « nous » que j’ai d’abord pris pour la voix de l’un des garçons du groupe mais qui est en réalité le point de vue général et grégaire des détectives en herbe. Le ton est posé et on découvre vite que tout nous est raconté avec le recul des années : voilà presque trente ans que Lucy est morte et qu’ils collectent les morceaux de journaux en vain. Le mystère est toujours là mais la vivacité et l’inquiétude se sont délavées comme du tissu laissé trop longtemps au soleil.

C’est ce choix qui crée un rythme lent et posé dans le récit. L’histoire se lit à deux vitesses : les chapitres mêlent sans distinction des moments du passé, présentés via le prisme du « souviens toi cet été là » et des fragments du présent triste et sans saveur dans lequel les hommes qu’ils sont devenus vivent aujourd’hui. Dans aucun cas leurs vies ne sont idéalisées, ils sont bien loin d’Alice Détective et autres apprentis enquêteurs et dans les échos de leurs vies on ne ressent que peu d’attachement pour le reste du monde autre que leur petit groupe et le fantôme de Lucy Asher qu’ils ont construit.

Même si je ne ressors pas de cette lecture foncièrement conquise – la lenteur de la narration et les détours dans l’histoire ne m’ont pas toujours plu et je ne me suis pas sentie très proche des personnages – certains thèmes ont capté toute mon attention :

  • L’idée d’un avant/après Lucy Asher. C’est une affaire qui a bouleversée leurs vies alors même que la jeune femme n’était pour eux qu’un point de repère dans le quotidien et qu’ils n’en étaient pas vraiment proches.
    Certains passages, en particulier dans le « présent » sont assez touchants lorsqu’on découvre qu’à quarante ans passés ils se sont presque enterrés jusqu’au cou dans ce problème insoluble.
  • La création d’un mythe. Plusieurs passages montrent à quel point les garçons de la bande se sont rebâtis une Lucy Asher mystifiée : une jeune fille forcément vierge et naïve, avec des fréquentations honnêtes et des occupations honorables. L’image qu’ils inventent devient si tangibles qu’ils refusent de voir tout ce qui en dévierait.
  • L’union monstrueuse du groupe. Rapidement, et comme l’implique l’usage narratif du « nous », on découvre que le groupe composé par ces garçons dont j’ai à peine retenu les noms se métamorphose en une entité fusionnelle. On se rend compte que chaque garçon connait les pensées, les rêves des autres, qu’ils partagent entre eux chaque instant de leur investigation sans se rendre compte qu’elle les étouffe peu à peu.
  • La justice personnelle. Monstre grégaire au mythe bien rompu, j’ai particulièrement réagi (pas forcément avec joie cela dit) lorsqu’après l’abandon visible de l’enquête par la police, la bande quitte la voie de la raison pour répondre avec violence et vengeance à leurs nouvelles découvertes. Au diable le criminel qui s’est attaqué à la statue de sel qu’ils se sont fait de Lucy, au diable les convenances et le respect d’autrui, au diable la justice raisonnée.

C’est une lecture un peu mitigée mais assez prenante pour être menée à bout (dans une période difficile, ce qui est un petit exploit) que je conclus là, avec la joie d’avoir réappris qu’en Nouvelle Zélande les fêtes de Noël tombent été et l’envie de découvrir d’autres histoires entre d’autres pages d’autres livres…
Et vous, êtes-vous curieux de savoir qui a tué Lucy Asher ?

Photo issue de Unsplash

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