Série

La Chronique des Bridgerton

Si vous avez de la chance, vous ne m’avez jamais entendu parler de mon visionnage de la première saison de La Chronique des Bridgerton. Petite amoureuse des films et séries d’époques (mais j’essaye de me restreindre parce que c’est trop mainstream), j’avais bien entendu sauté sur cette série qui ne m’avait pas du tout plu au final. En effet, si j’adore les romances à l’ère Georgienne, je déteste les romans harlequins (mais si, vous savez, ces bouquins que lisaient nos grands-tantes où ça baise à tout-va). Et La Chronique des Bridgerton, il faut l’avouer, c’est un sacré harlequin.

Petit rappel avant de nous lancer : la série est une adaptation assez libre des romans de Julia Quinn. La première saison suit le déroulé du premier tome Daphné et le duc, tandis que la seconde relate les événements du suivant, Anthony. Chacun des huit héritiers Bridgerton possède son propre roman et la série pioche çà et là dans les livres pour nourrir ses intrigues secondaires. Le parti-pris de Chris Van Dusen, créateur de la série, et de Shonda Rhimes, productrice, est de développer l’histoire dans une réalité parallèle où des personnages de toute origine cohabitent sans critère de racisme ou de discrimination (autre que les classes sociales de la société anglaise). Cette idée, à mon sens, est d’ailleurs assez rafraîchissante.

La Chronique des Bridgerton © Netflix

Pour faire court, j’avais apprécié la saison sur Daphné jusqu’à l’épisode quatre, c’est-à-dire le moment où les personnages se mettent à copuler comme des animaux. J’avais aimé la variété des personnages (même si j’avais aussi noté que les deux familles principales, les Bridgerton et les Featherington étaient quand même incarnées par des acteurs blancs) et l’idée d’incorporer une bande originale moderne mais revisitée au goût de l’époque aux épisodes.

Bridgerton surfe très clairement sur la popularité des adaptations de l’œuvre de Jane Austen, on ressent d’ailleurs particulièrement la patte de l’autrice dans les prises de paroles de la narratrice de la série (Lady Whistledown). Il m’arrive de prédire à l’avance des événements simplement parce que je connais bien Orgueil et Préjugés ou Raison et sentiments. On ne peut pas se voiler la face : Bridgerton possède un twist moderne et sensuel, mais il s’agit avant tout d’une série commerciale. Elle ne fait qu’utiliser les codes archaïques de la société anglaise à l’ère Georgienne quand ça l’arrange pour nourrir son propos. Je ne veux pas dire par là qu’elle ne mérite pas son succès, mais les rebondissements des deux saisons sont prévisibles. On connait la situation initiale, on devine facilement la finalité et on imagine ensuite quels éléments du lore (différences de classe sociale, question de réputation, absence de dot…) vont se mettre en travers de la route des personnages.

La Chronique des Bridgerton © Netflix

Dans la saison deux, on suit Anthony, l’aîné de la fratrie Bridgerton, qui décide d’un jour à l’autre de se trouver une épouse. Son choix se porte rapidement sur Edwina Sharma dont c’est la première saison et dont la grâce a été « adoubée » par la Reine. Malgré tout, on remarque rapidement que le vicomte (je parle d’Anthony) a beaucoup plus de choses en commun avec la sœur aînée de celle qu’il courtise, la mystérieuse Kathani Sharma, bien décidée à ne pas se marier.

Une lutte commence alors dans le for intérieur des personnages : Anthony veut faire un mariage de raison et pas d’amour, Kate (Kathani) refuse d’avouer à sa petite sœur qu’elle s’éprend peu à peu de son soupirant. En résistant à l’attraction qui grandit entre eux, les personnages ne font que nourrir leur frustration et leur désir mutuel, d’ailleurs, c’est bien de désir dont j’ai envie de vous parler.

Comme je le disais plus tôt, je n’aime pas les romans harlequins, je n’aime pas les romans érotiques en général. Ce n’est pas le sexe en lui-même qui me rebute, mais la manière dont les œuvres qui le dépeignent (littéraires ou audiovisuelles) réduisent l’amour à du désir physique. Quand Daphné explique à son frère comment se traduisent les sentiments amoureux et ce qu’il devrait ressentir pour la femme qu’il courtise, elle parle d’une nécessité de se voir, de se toucher. En bref, elle parle de passion mais pas forcément d’amour. Anthony et Kate le prouvent d’ailleurs, il y a quelques moments de complicité entre eux mais ils sont épars comparés aux nombreux frôlements, aux soupirs résultants d’une quelconque proximité corporelle ou aux regards enfiévrés. Kate et Anthony ont envie l’un de l’autre, c’est sûr, et on se trompe si on définit ça comme de l’amour. À une époque comme celle à laquelle se déroule la série, il est tout naturel que leurs sexualités refoulées rendent fou de jeunes amants, mais c’est le ratio entre pulsion sexuelle et affection innocente qui me dérange. Au lieu de m’emporter avec eux, ces moments de tension brisent le décor mis en place par la série : on s’embête à faire des convenances un élément majeur de l’intrigue, mais on accepte que deux personnes puissent baiser de jour dans un parc à la vue de tous sans que cela ne pose problème.

La Chronique des Bridgerton © Netflix

Il peut sembler que je n’apprécie pas beaucoup La Chronique des Bridgerton, pourtant je trouve sincèrement que c’est un bon divertissement. La plupart des épisodes me font lever les yeux au ciel au moins une fois, mais je passe un bon moment quand je les regarde malgré tout. En réalité, je m’ennuie des faiblesses de la série car j’ai l’impression qu’elle pourrait faire encore mieux. Et, si vous voulez tout savoir, je m’attache plus facilement aux personnages secondaires qu’aux développements principaux.

Dans la seconde saison comme dans la première, mon personnage préféré est Penelope Featherington. Incarnée par la sublime Nicola Coughlan (que vous avez eu la chance de voir dans Derry Girls, aussi sur Netflix, que je vous recommande grandement), Penelope a toutes mes préférences. C’est une jeune femme en conflit aussi bien avec elle-même qu’avec sa famille, les exubérants (et stupides) Featherington, et c’est également le personnage qui évolue le plus à chaque épisode. Contrairement aux Bridgerton qui finissent toujours par avoir tout ce qu’ils désirent, Penelope a juste le droit de se taire et d’être refoulée encore et toujours par l’homme qu’elle aime (qui ne voit même pas la femme en elle). Cependant, si le choix de Nicola Coughlan pour ce rôle me ravit, il révèle une chose qui me plaît moins. Dans une série qui se veut progressiste, c’est un peu usant que le seul personnage féminin à être mis de côté, perçu comme invisible et indigne de la tendresse d’un homme, soit aussi le seul personnage plus size du casting. Et c’est assez bête sachant qu’on aurait pu déjouer ce problème en choisissant plus d’acteurs de morphologies hétéroclites pour jouer des personnages principaux (dans la grande fratrie Bridgerton par exemple ?).
Autant dire que j’ai très hâte que Penelope Featherington connaisse à son tour les délices de la sexualité hors mariage pour qu’on puisse voir un peu de variété à l’écran. Tirons le positif des choses !

La Chronique des Bridgerton © Netflix

Qu’est-ce qui peut bien nous attendre pour les saisons trois et quatre, toutes deux déjà achetées par Netflix ? Je pense que ce n’est pas trop délirant d’imaginer qu’il y aura du sexe, des vouvoiements excessifs et des redingotes, j’espère aussi qu’il continuera d’y avoir beaucoup de diversité, des histoires d’amour un peu trop romanesques et Nicola Coughlan, pourquoi pas une ou deux abeilles, des tenues incroyables et quelques scandales. En tout cas si ça vous va, on peut se donner rendez-vous à ce moment-là pour en reparler ensemble, à condition que vous me laissiez avoir raison.

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