Film

Les goûts et les couleurs

La semaine dernière, il fallait que je rattrape tous les Thor et Avengers que je n’avais pas vu pour la sortie du dernier film de Taika Waititi, Thor : Love and Thunder. Mais comme je n’aime pas qu’on me donne des ordres (même de moi-même à moi-même) ce n’est pas ce que j’ai fait. À la place, je me suis glissée dans une salle sombre et confortable et j’ai regardé Les goûts et les couleurs, un film tout neuf à ne pas confondre avec la comédie de Myriam Aziza sortie en 2018.

Les goûts et les couleurs © Pyramide Distribution

Les goûts et les couleurs, c’est l’histoire de Marcia, jeune chanteuse parisienne prise d’amour musical pour Daredjane, icône des années 1970-80 disparue de la scène depuis une dizaine d’années. Marcia est au comble de son art lorsque Daredjane accepte de faire un dernier album avec elle, mais tout s’écroule lorsque la vieille dame meurt et que les chansons ne peuvent sortir sans l’accord d’Anthony, petit-neveu de l’artiste et désormais seul ayant droit. Loin d’avoir la sensibilité de sa grand-tante, Anthony n’a que faire du patrimoine qui lui tombe entre les mains et Marcia compte bien se battre pour l’empêcher de dilapider les droits de l’œuvre de Daredjane au plus offrant.

Je dois vous avouer qu’en regardant la bande-annonce de ce film pour la première fois, je ne m’attendais pas à ce qu’il me plaise autant ! J’y ai découvert le réalisateur Michel Leclerc qui est aussi derrière le scénario en collaboration avec Baya Kasmi, mais aussi l’incroyable Félix Moati qui est apparu à l’écran comme une éclipse solaire dans le ciel de ma vie. Ce n’était pas la première association du réalisateur et de l’acteur puisqu’ils avaient déjà travaillé ensemble lors du tournage du film Télé Gaucho (2012) que je vous recommande aussi puisqu’on y retrouve bien la patte de Michel Leclerc, et pour La vie très privée de Monsieur Sim (2015) que je n’ai pas encore vu.

Malgré ses faux airs de film totalement romantique, Les goûts et les couleurs est en réalité bien plus que cela. La sensibilité et la consistance des personnages, leurs objectifs personnels, font d’eux bien plus que les instruments d’une simple histoire d’amour. Je l’ai déjà sous-entendu, mais les acteurs sont très bons. Moati est génial dans le rôle d’Anthony, petit-neveu de Daredjane gérant des emplacements du marché de Bures-sur-Yvette et dans le rôle de Marcia, Rebecca Marder est juste splendide. Elle interprète aussi bien la force que la fragilité (vous me direz, « c’est normal pour une actrice ») oui, mais là, elle offre des moments de pure réalité. Vers le début du film notamment, on la voit composer avec Daredjane (une Judith Chemla qui traverse les âges au cours de l’histoire) dans des instants quasi-documentaires.

Le film est écrit avec une grande finesse et il s’inscrit magnifiquement bien dans notre époque. On y évoque par exemple des questions de féminisme très actuelles avec légèreté et sérieux, la sexualité des personnages est variée sans qu’on ait la lourdeur d’en expliquer les tenants et les aboutissants. Je ne sais pas comment vous expliquer à quel point j’attendais ce film : on y retrouve une part de réel, les personnages sont complexes mais leur complexité n’est pas le sujet du film, on y parle d’amour sans forcément attendre le presque « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » des comédies romantiques que l’on connaît toutes et tous.

Les goûts et les couleurs © Pyramide Distribution

Car oui, dans Les goûts et les couleurs, on parle d’amour. De différents amours : de ceux qui se forment sur des goûts communs pour les arts et de ceux qui ont des couleurs distinctes mais se mélangent quand même. Entre Marcia et Anthony, il y a un conflit de milieu ; elle vient de Paris, est rapidement cataloguée comme issue d’un milieu aisé tandis que lui est un enfant du pays habitué au bistrot et à rouler des mécaniques. Pourtant, malgré le décalage et les prises de bec inhérentes à leurs liens respectifs avec Daredjane, il n’y a pas moment lourds ou toxiques. Au contraire, de cette rencontre découle beaucoup d’humour et un attachement dont on ne peut douter de la sincérité.
Dans la globalité du film, la relation de Marcia et Anthony coule parfaitement, ce n’est pas le point central mais c’est un nœud imposant de l’histoire qui en crée toute la tension.

Si je peux chanter des chants d’amour pour ce film en ne l’ayant vu qu’une seule fois, c’est aussi car il m’a laissé quelques mélodies en tête. En effet, Michel Leclerc n’est apparemment pas dénué d’une certaine oreille musicale. Loin de se contenter d’une ou deux chansons à faire tourner en boucle tout au long de l’histoire, le réalisateur, accompagné par Jérôme Bensoussan, David Gubitsch et Pierre Legay a créé la chair de l’œuvre de Daredjane et l’univers musical de Marcia. Les dix-huit morceaux de tailles variables du film sont disponibles sur Youtube et peuvent tout à fait s’écouter par simple plaisir, sans même connaître l’histoire (il faut dire que Rebecca Marder et Judith Chemla pourraient se lancer dans la musique, je sauterais sur leurs albums.) Cette bande originale est riche et recrée un parcours imaginaire et une carrière au personnage de Daredjane à travers les époques. On découvre ses clips haut en couleur, son style varié et petit à petit, nous aussi, on espère qu’Anthony ne déconnera pas et qu’il respectera l’œuvre de sa grand-tante, même si elle ne représente pas grand-chose pour lui.

A-t-il fait le bon choix ? Il ne tient qu’à vous de le découvrir en regardant ce film que j’ai, vous l’avez peut-être deviné, beaucoup apprécié. J’espère que cette chronique vous aura donné envie de tenter un visionnage et que nous pourrons bientôt en parler ensemble, avec sans doute, une des chansons de Daredjane et Marcia en tête.

3 réflexions au sujet de “Les goûts et les couleurs”

  1. Tout à fait d’accord. C’est un film formidable que j’ai vu en avant première avec présentation de Michel Leclerc et discussion avec le public après le film. Il a été magistral dans ses interventions. Le vinyl de la bande son était en vente à la sortie… écouté en boucle pendant plusieurs semaines. Le film sorti en plein été a-t-il eu les spectateurs qu’il mérite ? Merci pour cette belle chronique ciné 😄

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    1. Cette avant-première devait être géniale et je suis un peu jalouse du vinyl ! A partir de septembre, je serai à Paris et je ne raterai plus une seule avant-première ! J’ai trouvé que par chez moi, le film n’est pas resté à l’affiche suffisamment longtemps, mais ce n’est peut-être qu’une impression. Ravie de partager ton avis en tous cas, j’ai lu quelques retours sur Sens Critique et j’ai eu un peu l’impression que certains spectateurs (outre les sensibilités de chacun que je respecte totalement) n’avaient pas tout a fait saisi les personnages.

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