Série

Euphoria

Euphoria est une série géniale.

Je dois vous avouer que j’ai très envie de conclure cette critique ici avec un simple « tout est dit » et retourner me coucher. Je reviens tout juste de vacances mais pas moyen de mettre la main sur mon énergie. Alors je me traîne, je bulle, je bronze sous les nuages du nord, et je repense à tout ce que j’ai vu ou fait au cours de mon congé. L’une de mes petites habitudes, vous l’aurez deviné peut-être, consistait à lancer un épisode d’Euphoria le soir et à parier sur mon incapacité à fermer OCS après le visionnage de celui-ci.

Pour la partie historique (c’est une tannée mais c’est bon pour notre culture à toutes et tous), Euphoria est une série américaine créée, écrite et en grande partie réalisée par Sam Levinson. Elle est considérée comme une sorte de remake de la série israélienne du même nom sortie en 2012 et créée par Ron Leshem et Daphna Levin qui sont par ailleurs producteurs exécutifs de la version américaine. Diffusée sur HBO, la série compte à ce jour deux saisons et met en scène de très bons acteurs comme Zendaya dont la renommée n’est pas volée, Hunter Schafer, Jacob Elordi, Austin Abrams ou encore Maud Apatow.

Pour celles et ceux qui ne connaitraient pas du tout la série, elle narre le quotidien tourmenté d’un groupe d’adolescents américain, entre violence, sexe, drogue, amours et amitiés. Le tout avec une dose sympathique de représentation LGBT+ et des personnages aux origines diversifiées. Si le sujet peut vous sembler classique, accrochez-vous car la façon de le traiter est assez bluffante.

Euphoria © HBO

Côté scénario, les thèmes traités sont assez traditionnels pour une série du genre, on parle d’addiction, de romance et de rupture, de difficultés personnelles et familiales… Certains personnages se présentent comme des fan favorite, d’autres ont tout de suite des allures de grands méchants, grosso modo il y a des ados qui vont mal et ont la sensation que leurs drames seront toujours insurmontables… Pour autant, la manière dont ces idées sont traitées est vraiment intéressante.

En effet, la narration d’Euphoria est portée par le personnage de Rue (Zendaya), une adolescente avec de lourds problèmes d’addiction et une volonté vacillante de se sevrer. C’est via son regard et sa voix qu’on découvre Kat, Nate ou encore Cassie, pas seulement dans leurs espoirs et conflits de l’instant T mais aussi par les événements qui ont fait d’eux ce qu’ils sont aujourd’hui. Rue raconte la vie de chacun des protagonistes, elle raconte des choses qu’elle sait, des choses qu’elle a entendues, et des choses que le personnage ne sait pas vraiment mais qu’elle narre malgré tout. La dualité de Rue la rattache d’une part à son histoire chaotique et de l’autre à son lien avec le spectateur à qui elle offre, elle et les autres, comme des livres ouverts.

Avec cette narration, difficile de juger aussi promptement les personnages. Le fait de connaître leurs évolutions et traumatismes rend leurs contours plus troubles, même avec un comportement d’antagoniste. Et l’effet est par ailleurs amplifié par les nœuds narratifs, le déroulement de l’histoire n’est pas direct, ne part pas d’un point A précis pour aller tout droit vers un point B. Le scénario tourne autour des adolescents, se concentre sur une problématique, en relie deux autres, crée une conclusion en utilisant un raccourci qu’on n’avait pas vu venir. Au final, je n’ai pas regardé la série avec le même engagement bruyant que j’ai d’habitude. Je n’ai pas détesté Nate et adoré Jules, encouragé Lexi et croisé les doigts pour Fezco, du moins, je ne l’ai pas fait avec la même ardeur que je peux avoir parfois lors de mes visionnages. Plutôt que de m’insurger « Non ! Mais tu ne vas pas te remettre avec ce sale type ! », je me suis laissée porter par le flot. Car, au contraire d’autres séries à la structure plus linéaire, il n’y avait rien à prédire, et je n’avais pas l’impression que ma volonté de spectatrice allait changer quoi que ce soit. Regarder Euphoria, c’est un peu comme admirer une fresque pleine de détails mais déjà entièrement peinte.

Euphoria © HBO

Il faut dire qu’en entamant la série, j’ignorais beaucoup de son contexte et, par ses thèmes, je pensais vraiment regarder quelque chose comme Skins. Skins traite des mêmes sujets et était vite devenue, lors de mes premiers visionnages au lycée, une de mes séries de prédilection. La trame d’Euphoria est moins évidente, et tout comme pour le scénario, les choix de réalisation de Sam Levinson sont eux aussi hors normes.

Pour vous donner une idée, la série est filmée en pellicule. La pellicule c’est cher, compliqué, précis et risqué, mais dans la réflexion esthétique d’Euphoria, son usage fait tout à fait sens. Grâce à ce choix audacieux et à des partis pris vraiment surprenants, Euphoria ne peut pas être seulement considéré comme un programme de divertissement : elle devient une pièce de réflexion cinématographique totale. Je trouve même que certains choix pourraient potentiellement faire décrocher une partie de l’audience. Les jeunes spectateurs venus pour l’esthétique « paillette et dépression » resteront-ils pour un épisode en quasi huis clos où Rue et son sponsor parle de vie, de mort et d’addiction dans un dinner ? Personnellement je trouve ça très couillu, mais un peu déstabilisant.

Qu’ajouter pour vous convaincre de donner sa chance à cette série ? Peut-être simplement qu’elle sort de la masse de programmes produits en ce moment, les acteurs sont bons et quelques performances absolument remarquables sont à noter. La première saison vibre de paillettes tandis que la seconde (ma préférée) transpire de passages quasi-ésotériques et, avec une troisième saison en écriture, Euphoria a sans doute encore le potentiel de nous surprendre. Pour ma part, je serai au rendez-vous.

Euphoria © HBO

Mes personnages préférés : Fezco – Lexi – Suze
Mes épisodes préférés : Saison 2 – Episode 5 & 7

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