Film

La Captive – Confinement #5

La Captive (2000) Chantal Akerman – Gemini Films

C’est après le visionnage du film La Captive adapté et réalisé par Chantal Akerman en 2000 que me vient l’idée d’écrire un petit article sur le film mais aussi sur son auteure.

En effet, Chantal Akerman c’est un peu une des références incontournables du cinéma francophone. Elle fait partie des rares noms féminins qui parviennent à se glisser dans les cours de cinématographie et qui s’y accrochent. Difficile en tant que jeune cinéaste de ne pas connaître cette figure féminine dont les œuvres ont, dès les années 1970, portés des messages féministes (voire quasi-anarchistes pour son premier court-métrage, Saute ma Ville en 1968).

Née en Belgique mais décédée en France, Akerman n’est pas intéressée par l’idée d’apprendre le cinéma à l’école. Prise de passion pour la création après un visionnage de Pierrot le Fou de Jean-Luc Godard, elle se lance à son tour dans l’aventure et réalise plus de quarante films, courts, longs ou destinés au petit écran.

C’est Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles qui lui offre la reconnaissance internationale. Ce long-métrage de 1975 est perçu comme un film fondateur, c’est par lui qu’Akerman ouvre la voie des « films du quotidien », centrés sur des gestes domestiques mécaniques, répétés et aliénants. Le scénario suit la vie de Jeanne Dielman (Delphine Seyrig) mère d’un adolescent qui, pour subvenir aux besoins de sa famille, s’adonne à la prostitution avec la même organisation froide que lorsqu’elle s’occupe des corvées ménagères. Ses habitudes quasi maladives sont mises en déroute quand événement inattendu se produit lors d’une de ces rencontres sexuelles.

Chantal Akerman

Et si j’espère que ce petit paragraphe a attisé votre curiosité, il me faut désormais recentrer les choses sur mon visionnage du jour : La Captive. Adapté du roman de Marcel Proust, La prisonnière (1923), le long métrage reste relativement proche du résumé originel du livre dans lequel le narrateur (qui n’est jamais nommé dans la série d’A la recherche du temps perdu dont ce livre est le cinquième tome) éprouve un amour obsessionnel pour une jeune femme, Albertine dont il essaye de contrôler les moindres faits et gestes avec possessivité.

Lors de sa lecture Akerman retrouve dans le livre presque tous les thèmes importants du cinéma du XXème siècle. Elle n’est pas intéressée par l’idée de faire un film sur la « modernité » qu’elle considère si rapidement désuète, ce n’est donc pas spécialement une adaptation du roman dans une autre époque, simplement une adaptation vers un nouveau médium.

Dans le film, le narrateur s’appelle Simon et Albertine est devenue Ariane, une jeune femme ouvertement attirée par les femmes (là où dans le roman il ne s’agissait que de soupçon cultivés par le narrateur). Les deux personnages entretiennent une relation plutôt malsaine, vivant ensemble dans le grand appartement bourgeois de Simon mais sans pour autant partager une intimité naturelle.

Je ne peux pas vraiment dire que j’ai passé un agréable moment devant La Captive, le film est bon, oui, mais l’histoire et l’ambiance ne permette pas tout à fait de se détendre comme on pourrait le faire durant une séance de Netflix and chill. Stanislas Merhar, dans le rôle du jeune homme possessif, offre un visage ambivalent. Son inquiétude quant aux mensonges et hypothétiques infidélités de sa compagne est mise en avant du fait qu’il soit placé en personnage principal et qu’on le suive tout au long des événements. Cela dit, on ne parvient jamais à la compréhension complète face à ses longs interrogatoires ou aux soirées de recherches d’Ariane dans Paris.

Bien entendu, le comportement insupportable de Simon ne fait pas de la jeune femme un personnage blanc comme neige. Ariane, jouée par Sylvie Testud, plane tout de même dans une aura de non-dits et d’incohérences. D’une certaine manière, elle est insaisissable mais s’offre au contrôle que lui impose le personnage principal sans jamais faire la moindre opposition.

Mais cette inquiétude permanente se dédouble lorsque petit à petit la crainte obsessionnelle de Simon pour les attirances homosexuelles de son amante transparaît. Toutes les femmes qu’Ariane fréquentent deviennent potentiellement des menaces, et il va jusqu’à remettre en question la sexualité d’amies ou de proches de sa captive si elle évoque qu’elles sont en contact avec d’autres femmes.

« Ah ! Vous les filles qui vous aimez, vous avez appris à mentir très jeunes n’est-ce pas ? C’est devenu une seconde nature » lui fait-il remarquer à un moment, persuadé qu’elle se borne à taire la vérité.

On ressent pourtant une dépendance entre les deux protagonistes. Il ne s’agit pas seulement d’un doute ou d’une trahison : il s’agit pour l’un d’un besoin masochiste de remettre en question et de courir derrière l’inatteignable et pour l’autre c’est la nécessité d’être désirée et questionnée qui apporte peut-être une forme d’excitation. En soi, la relation malsaine les consume et le film, centré sur eux et uniquement sur eux (on voit d’ailleurs très peu d’extérieurs) ne fait que présenter cette lente déchéance de leur amour.

En conclusion, film torturé mais adaptation acclamée, La Captive est une porte qui s’ouvre sur le monde bâti par Chantal Akerman dont la filmographie a beaucoup à nous offrir.

Sources :

  • Un article sur Akerman et son film Jeanne Dielman des Inrockuptibles.
  • Une émission France Culture traitant les adaptations de Proust à l’écran.
  • Un résumé assez complet de La prisonnière que je n’ai pas pu me procurer en confinement.

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