Film

Mignonnes

Après avoir entendu beaucoup trop de fois le terme « pédophilie » accolé au nom de ce film je me suis dit que (sans prétention aucune) je pouvais me permettre de venir ramener ma science car moi j’ai vu le film (d’ailleurs je serai RAVIE d’en discuter avec tous ceux qui l’auront vu, quelques soient leurs opinions). Premier long-métrage de la réalisatrice française Maïmouna Doucouré, Mignonnes a décroché dès sa sortie le prix de la meilleure réalisation au festival Sundance et la mention spéciale du jury international lors de la Berlinale 2020.

Sa réalisatrice avait d’ailleurs en 2017 reçu le César du meilleur court-métrage (ex aequo avec Vers la Tendresse d’Alice Diop) pour Maman(s), une oeuvre de 21 minutes narrant la vie d’Aïda, une petite fille dont le père ramène une seconde épouse de son voyage au Sénégal. Son quotidien est bouleversé et son monde s’effondre, entre la douleur de sa mère et ses propres questionnements l’enfant décide d’essayer de changer les choses.

Il est important pour moi de parler rapidement de ce court car on retrouve cette situation complexe de second mariage au sein de la famille d’Amy dans Mignonnes. Amy, jouée par la jeune et talentueuse Fathia Youssouf, a onze ans. Vivant avec sa mère et ses deux petits frères dans une cité au nord de Paris, elle traîne sans jamais trouver sa place dans son immeuble ou dans le collège où elle vient de faire sa rentrée de 6ème. Lorsque survient l’annonce du retour prochain de son père du Sénégal avec une nouvelle épouse, Amy, coincée entre l’éducation religieuse que lui inculquent ses tantes à laquelle elle ne s’intéresse pas, et aux faux semblants de sa mère qui essaye de garder la face, trouve un échappatoire. Après beaucoup d’efforts, elle parvient à se rapprocher d’Angelica, une de ses voisines d’immeuble et camarade de classe et de son groupe de danseuses pré-ado « les mignonnes ».

Si par son sujet le film a souffert de regards critiques avant même sa sortie, c’est la malhabile campagne de publicité mise en place par Netflix qui a précipité Mignonnes au bûcher. Je ne reviendrais pas sur la polémique, si vous n’êtes pas au courant et que vous êtes curieux tapez « Netflix Cuties » ou « Netflix Mignonnes » sur Google et vous trouverez bien un article pour éclairer votre lanterne. En soi, le film traite de la sexualisation des enfants dans la société actuelle, c’est un sujet tendu certes, mais comme tous les sujets au monde il n’y a pas de raison qu’il ne soit pas traité au cinéma.

Mignonnes est un film qui se veut volontairement gênant afin d’interpeller le spectateur, dans la vie de tous les jours on ne se rend pas forcément compte de la sexualisation permanente dans laquelle évolue certains adolescents ou pré-adolescents. Le scénario et les images de Mignonnes m’ont surtout fait réfléchir par rapport à ça : ce qui choque dans le film c’est de pouvoir voir ces petites filles être des enfants puis danser d’une manière suggestive qu’elles ne comprennent pas. En réalité il suffit de lancer TikTok pour voir des ados du même âge se déhancher d’une façon qui laisse peu de place à l’imagination. Se rendent-ils compte que les mouvements qu’ils font ont un double sens ? En tous cas les danseuses du film n’ont certainement pas une compréhension complète et globale de leurs actions. Pour elles tout est très simple : elles veulent danser (pour Amy la danse a d’ailleurs encore plus d’importance que pour les autres) et les exemples les plus accessibles sont ceux trouvables en deux clics sur Youtube. On se rend compte que les clips de musique devant lesquels on passe tous les jours sans trop voir de problème en tant qu’adultes sont de vraies bombes pour le regard impressionnable d’un enfant. Dans la société actuelle, la course aux likes sur les réseaux est une addiction d’autant plus grande pour les plus jeunes, le groupe d’amies relie facilement les danses lascives à leur popularité sur internet.

Petit à petit la spirale s’enclenche et ce qui n’était à l’origine qu’une envie de danser et de se prétendre plus grande devient une mauvaise compréhension de la nudité : les danseuses dans les clips se dénudent ? C’est sans doute parce que le public veut voir ça. Le malaise créé par certains plans du film ne m’a pas vraiment bloqué dans mon visionnage. Ayant entendu la réalisatrice lors d’interviews, je savais à quoi m’attendre d’un point de vue filmique. C’est en quelque sorte une nouvelle conception du Male Gaze qu’on retrouve ici car, certes la caméra découpe les corps dans l’intention de mettre en avant certaines parties comme les fesses ou les cuisses, mais elle ne le fait pas dans le but d’attiser le désir du spectateur mais de servir la narration. Bien sûr le film aurait pu être très édulcoré et ne pas nous mettre face aux mouvements bien trop sensuels des corps de ces petites filles, mais est-ce qu’il aurait autant fait réfléchir ?

La gène vient du fait que l’on ne peut pas nier que ces petites filles se rendent sexy par la danse, elles le sont sans prendre la mesure de tout ce que cela représente et implique. Le problème donc vient du regard du spectateur et pas de ce qui est montré à l’écran et qui représente juste la manière dont des pré-ados voudraient être filmées comme le sont les danseuses sur Youtube. Donc ce côté du film ne m’a pas dérangé mais il y a tout un focus sur la robe qu’Amy reçoit pour porter lors du mariage de son père qui ne m’a pas semblé très nécessaire. Pour éviter le spoil je ne vais pas élaborer mais globalement ça n’ajoute rien au scénario.

En soi c’était un visionnage correct qui m’a donné à penser, chose que j’apprécie toujours lorsque je ressors d’un cinéma. Sans être un chef d’oeuvre, ce premier long-métrage se débrouille pas trop mal autant dans ses images que dans sa narration. Je dois dire que même si ce groupe de pré-ados grande gueule m’a rappelé les filles qui me faisaient flipper lorsque j’étais moi-même au collège (petite chose frêle que j’étais alors) j’ai quand même réussi à m’y attacher. Un grand plaisir de retrouver Maïmouna Gueye que je trouve vraiment sublime dans le rôle de la mère d’Amy et qui jouait déjà dans Maman(s).

Cela va peut-être vous sembler bizarre mais je conseille vraiment les parents d’ados et de pré-ados d’aller voir ce film en famille. Le malaise passé, il y a vraiment matière à discussion, et on se rend compte que les mésaventures d’Amy n’auraient sans doute pas eu lieux si elle avait été mieux informée. « Il aurait suffit qu’on leur explique ! Pourquoi personne ne leur explique dans le film ? » s’était insurgée mon amie Emma à la sortie de la séance. En tant qu’adultes nous n’avons pas conscience de ce que certaines images peuvent provoquer dans l’esprit des plus jeunes et je pense qu’au lieu de matraquer le film d’opinions négatives (non fondées tant qu’il n’y a pas eu de visionnage) on devrait le promouvoir et s’en servir comme plateforme d’échange à ce propos. Et pour le dernier argument disant qu’il est insupportable que l’on ait filmé des jeunes filles en les sexualisant pour ces rôles, je tiens simplement à souligner qu’un long travail a été fait par Maïmouna Doucouré en amont du film et que ses actrices (qui ont donc choisi de jouer dans le film de leur plein gré) n’ont sûrement pas été laissées à la dérive. Leur expérience de tournage a du être très bonne, à mon avis c’est surtout le tollé médiatique et la haine à la réception qui doit leur casser le moral. Personnellement je les ai trouvée très douées pour leur jeune âge.

J’espère que ce (long) article vous aura plu et que l’on pourra échanger pacifiquement sur le sujet. Voici une interview de la réalisatrice expliquant son film et un autre entretien, plus long, sur son inspiration et son processus créatif. Je vous retrouve samedi prochain avec joie et amour !

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