Autre, Film

A la découverte de Rita Hayworth

Dans quatre jours, le 17 octobre, j’ai prévu de manger un gâteau pour les 103 ans de Rita Hayworth. Elle n’est plus là pour souffler les bougies (il n’y en aura pas de toutes façons sur mon gâteau) mais ça ne veut pas dire qu’elle ne mérite pas que l’on mange du gâteau pour elle. Il est possible que je regarde The Lady in question, même s’il est plus sûr que je regarde You’ll never get rich, car ma passion pour les comédies musicales est aussi forte que mon amour des sucreries.

Pour fêter cet anniversaire un peu désuet, j’ai préparé un article qui sort donc avec de l’avance, juste assez pour que vous regardiez un film ou deux si le cœur vous en dit.

Photographie du tournage de Ô toi ma Charmante (1942)  © Earl Theisen

Née sous le nom de Margarita Carmen Cansino, Rita grandit à Brooklyn entourée de parents danseurs et devient très vite la partenaire de scène de son père. Si ses talents de danseuse ne font pas partie de ce que l’on connaît le plus d’elle, elle jouera pourtant dans des comédies musicales et Fred Astaire dira d’elle qu’elle est la meilleure partenaire avec qui il ait jamais travaillé (et il dit ça après avoir été en duo avec Ginger Rogers pendant des années, ce qui est quand même assez culoté.)

La carrière de Margarita Carmen Cansino ne débute pas vraiment lorsqu’elle se fait remarquer par des producteurs au cours d’une de ses prestations, ni lors du tournage de ses premiers films où on la cantonne à des rôles de femmes exotiques, mais après son mariage avec l’homme d’affaires Hollywoodien, Edward Judson. Plutôt investisseur qu’amoureux transit, Judson déconstruit la Margarita aux cheveux noirs et au nom hispanique et crée la figure vaporeuse, désirable et mystérieuse de Rita Hayworth. Façonnée autant dans le glamour que dans la brutalité (arrachage de molaires pour amincir son visage, régimes drastiques et traitements douloureux pour faire reculer sa ligne de cheveux…) celle que l’on verrait aujourd’hui comme victime d’une machination patriarcale portée sur le whitewashing a fait de ces difficultés un moteur pour devenir une véritable légende.

La Reine de Broadway | The Love Goddess

Se plonger dans la filmographie de Rita, c’est découvrir le visage de l’irrésistible. Et, si la physionomie fait beaucoup dans ces cas-là, l’actrice envoûte avant tout par son talent indéniable. Silhouette mouvante, véritable serpent tentateur, Rita récolte les honneurs dans de plus en plus de rôles et devient doucement ce que l’on pourrait communément nommer « une sacrée femme fatale ». Alors que sa carrière décolle peu à peu, elle se fait remarquer dans le film La Reine de Broadway où son personnage de danseuse de musical lui permet de faire découvrir au monde ses talents de danseuse (elle avait déjà dansé avec Astaire lors de deux précédentes comédies musicales, mais elles n’avaient pas été d’aussi grands succès critiques.) Le film, premier musical en Technicolor pour la Columbia, permet notamment à Gene Kelly et Stanley Donen de briller pour la chorégraphie de l’Alter Ego Scene où Gene danse avec son propre reflet.

Ce premier grand film, sorti en 1944, sera suivi deux ans plus tard par l’inoubliable Gilda, un film noir où la séduisante Gilda, jouée par Rita, cherche à se venger d’une déchirante séparation avec Johnny Farrell joué par Glenn Ford. Le couple fait sensation, incarnant un amour envenimé d’une haine si forte qu’elle les perd peu à peu.

« I hate you so much I think I’m gonna die from it. » – Gilda

Malgré la dureté de la relation, le personnage de Gilda, une femme fatale à la passion ardente, fait tellement sensation que les spectateurs s’enflamment. Entre les photos de pin-up qui ont lancé la carrière d’Hayworth et les danses lascives du personnage qu’elle incarne, difficile de résister à l’envie de s’approprier son image. Chose que fond des soldats le 1er juillet 1946, en inscrivant sur une bombe atomique larguée à titre d’essai sur l’Atoll de Bikini, « GILDA » et en y collant une photo découpée de l’actrice. Surnommée « Love Goddess » aux Etats-Unis, Hayworth perd possession de son image.

Image issue du film Gilda (1946)  © Columbia Pictures
La Blonde ou la rousse | La punition de la beauté

Il faut savoir que durant l’âge d’or Hollywoodien il était très commun de faire signer aux stars des contrats exclusifs qui les liaient à une société spécifique. Le producteur exerçait un droit de regard sur les films ou les spectacles que l’on proposait à son artiste, acceptant ou refusant comme il l’entendait, prêtant son acteur à d’autres sociétés ou le gardant jalousement de tout projets, même ceux qui pourraient lui plaire. Liée par un contrat exclusif à Harry Cohn, président de la Columbia Pictures et harceleur notoire, Rita Hayworth suivait une carrière calculée et contraignante. Pour elle, le droit de choisir était souvent limité : on avait trouvé en la femme désirable un rôle qui lui convenait si bien, pourquoi chercher plus loin ?

Si Gilda a aidé à construire la légende Hayworth, elle était aussi et surtout la représentation d’une femme bafouée que l’on punit d’une manière terrible pour ce qu’elle laisse transparaître de ses désirs. Énormément de films de l’époque suivaient ce schéma de la femme trophée dont on trompe le jugement ou que l’on juge à tort sans que les conséquences ne soient réelles. Si j’essaye toujours de me détacher de notre point de vue contemporain lorsque je visionne un film d’une autre époque, il est difficile de ne pas trouver le sort de Gilda terrifiant. Paroles et douleurs féminines pèsent peu dans la balance des personnages masculins et incarner ce genre de rôle ne peut être bon pour le cœur.

En 1957 dans La blonde ou la rousse, Rita joue une femme plus âgée et se fait « voler » Frank Sinatra par la délicieuse Kim Novak. Si le résumé du film fait tristement écho à sa vie professionnelle (il s’agit de son dernier film pour la Columbia Pictures car Harry Kohn a décidé de la « remplacer » par Kim Novak) le rôle de cette veuve inaccessible et qui finit seule lui plaît beaucoup tant il rompt avec ce qu’on l’a poussée à jouer jusque-là.

Entre pertes de mémoire dues à un Alzheimer non diagnostiqué et oubli subit par les Sex Symbol que le public refuse de voir se faner, la fin de vie de Rita Hayworth est triste et ne vaut pas qu’on l’évoque lors d’un anniversaire. Au lieu de cela et de plonger dans la colère d’une société inégale, je vous propose de célébrer Rita Hayworth pour la femme toujours heureuse qu’elle était en regardant quelques-uns de ses films :

Parce que Rita adorait danser je vous conseille L’affaire de Trinidad, L’amour vient en dansant, La Reine de Broadway et Gilda. Et parce qu’ils font partie des films où elle a particulièrement apprécié son personnage (d’après mes sources qui sont aussi fiables que le sont des sources) je vous conseille La dame de Shanghai et La Blonde ou la Rousse. Et parce que je n’ai pas eu l’occasion d’en parler dans cet article, je vous propose : Seuls les anges ont des ailes et La Belle du Pacifique.

Capture issue du film La Reine de Broadway (1944) © Columbia Pictures

Références :
– Le documentaire Rita Hayworth, la création d’un sex symbol
– Le documentaire Rita Hayworth : dancing into the dream
Interview de Rita Hayworth en 1970
– IMDB
– Beaucoup d’autres trucs que j’ai oublié de noter

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