Film

A Cappella

« If I draw out a tune in my mind, everything before me turns into notes. Then the song begins. The sound of breathing, footsteps, the wind, even scratching metal sounds, saying ‘it’s okay’… then for a moment I forget loneliness and sadness. »

Visionnage Mubi d’il y a quelque temps déjà, A Cappella (ou Han Gong-Ju, son titre original) m’a tout simplement glacé le sang. Réalisé en 2013 par Su-Jin Lee, ce long-métrage dramatique sud-coréen tire son histoire de terribles faits réels. À la fois affreux et vraiment bien construit, ce film m’a tenu par les tripes tout au long de mon visionnage. On y suit la jeune Han Gong-Ju, lycéenne brutalement transférée d’établissement à la suite d’événements abominables inconnus du spectateur au début de l’histoire.

A Cappella réalisé par Su-Jin Lee (2013)

Il est certain qu’après un seul visionnage, je suis prête à conseiller ce film à toutes les personnes friandes de cinéma coréen, si tant est qu’elles aient le cœur bien accroché et que les triggers warnings du film ne lui posent pas de problème. Pour rappel pour les non-anglophiles, les « trigger warning » ou TW sont des avertissements en lien avec des thèmes difficiles abordés par une œuvre qui pourraient heurter la sensibilité du spectateur.

A Cappella nous plonge dès ses premières secondes au cœur de la vie bouleversée de Han Gong-Ju. Interprété par l’émouvante Chun Woo-Hee (que vous avez peut-être déjà aperçu dans Mother de Bong Joon-Ho, Sunny de Kang Hyeong-Cheol ou The Strangers de Na Hong-Jin), notre personnage principal semble marcher sur un fil tendu au dessus d’un précipice. On ne s’en rend pas compte dès les premières secondes du film mais chaque rencontre qu’elle fera, chaque main tendue qu’elle acceptera ou non, représentera une chance de garder l’équilibre sur cette corde raide. La délicatesse du film réside dans cette recherche d’une survie à une horreur que l’on ne saisit alors qu’à peine : que faire quand on sort d’un cauchemar dont personne ne semble se soucier ? Que faire quand la victime est perçue de la même manière que son bourreau ?

Il me semble difficile de parler d’A Cappella sans en divulguer les plus importants aspects. Je pense donc que pour cet article, je vais quitter ici les personnes qui n’ont pas vu le film et qui ne veulent pas en apprendre plus sur son histoire (un des principaux intérêts du scénario est justement la révélation progressive du passé de Han-Gong Ju) et garder avec moi ceux et celles qui l’ont vu ou sont trop curieux pour attendre.

A bientôt, je l’espère donc, aux lecteurs qui partent regarder le film et aux autres, je dis :

ATTENTION SPOILERS EN SUITE D’ARTICLE

Comme je le disais de l’autre côté de la barrière du spoil, Su-Jin Lee qui a écrit et réalisé ce long-métrage (qui est par ailleurs son premier) s’est inspiré d’une terrible histoire vraie, tristement marquante pour la Corée du Sud. Dans A Cappella, on suit le nouveau quotidien de Gong-Ju sans vraiment comprendre ce que ces scènes au rythme lent et plutôt doux, dans un flou inconfortable, sont l’après d’un traumatisme qui se révèle à coup de flash-back de plus en plus violent.

Petit à petit, le passé de Gong-Ju se révèle et avec lui la brutalité du drame vécu qui transparaît par pièce comme un puzzle. La révélation se fait, passant par une visite médicale où la jeune fille est tétanisée à l’idée d’être auscultée par un homme, puis par le diagnostique du dit médecin qui lui conseille de mieux se protéger lors de ses rapports sexuels. S’en suivent des souvenirs de son ancien logement, une colocation avec sa meilleure amie et les intrus qui s’y invitaient, puis du suicide de cette même amie qui se jette du haut d’un pont et se noie dans un fleuve.

Le spectateur collecte les fragments du passé, tissés avec les balbutiements du présent, jusqu’à la révélation ultime du viol collectif qu’ont subi Gong-Ju et son amie. Cet acte violent fait référence à la véritable affaire de viol collectif dans la ville de Miryang en Corée du Sud.

Comment retrouver une volonté de vivre ? C’est la question que pose Su-Jin Lee avec ce film et son personnage principal à la survie précaire. Thème douloureusement inhérent à la Corée du Sud, la vision de la sexualité (en particulier au sein des couples non mariés) est parfois si péjorative que des victimes de viol se retrouve même parfois entachées par celle-ci.

En effet, une des plus grandes erreurs de cette affaire dans la Corée réelle a été le traitement des jeunes filles (cinq adolescentes âgées de 13 à 16 ans) par les policiers en charge de l’enquête. Lors des faits en 2004, les familles des coupables avaient rejeté la faute sur les adolescentes tandis que les policiers leur faisaient identifier leurs violeurs sans miroir sans tain et à visage découvert.

On retrouve dans la fiction la même brutalité des policiers qui se détournent de ceux dans le besoin, ou qui accusent Gong-Ju d’avoir eu envie qu’on l’agresse lorsque, face à eux, elle se retrouve incapable d’articuler un mot. Son amie, violée et mise enceinte par leurs agresseurs, se retrouve elle aussi taxée de « salope » même après sa mort.

A Cappella réalisé par Su-Jin Lee (2013)

Les nouveaux repères de Han Gong-Ju, ce sauvetage qu’elle tente d’improviser pour elle-même se construise en même temps que l’étau de la vie qu’elle tente de laisser derrière elle se referme. Dans la lenteur des jours qu’elle passe tranquillement au lycée, on ignore que le temps est compté. J’ai trouvé que l’art de Su-Jin résidait principalement dans ce quotidien factice aux habitudes durement reconstruites qu’il dépeint avec finesse.

Au fil du visionnage on se raccroche donc à des espoirs, peut-être vains, que les nœuds qui se forment dans notre estomac ne le sont que pendant un temps et que, peut-être, ils se dénoueront à l’issue du film. Et qui sait ? Peut-être que la libération de Gong-Ju se réalisera malgré tout d’une manière ou d’une autre.

Je ne peux donc que réitérer mes encouragements à regarder ce film, tout en répétant également des avertissements quant à son contenu. Les images montrent explicitement des viols, de la violence physique, de la violence morale ainsi que de l’usage de drogues non désiré, il est également fait mention de suicide et de négligence policière. C’est un scénario dur, alimenté d’images difficiles à supporter, pourtant le sujet est traité avec une délicatesse construite sur un respect des faits et des victimes de violences sexuelles partout dans le monde. Récompensé plus de 28 fois dans des festivals internationaux et nominés 14 autres fois, A Cappella est un film qui, j’en suis sûre, marquera tous les spectateurs qui auront le cœur de se pencher dessus. Mais vous le savez non ? Puisque vous ne lisez certainement pas cette partie de mon article sans avoir visionné le film d’abord !

A Cappella réalisé par Su-Jin Lee (2013)

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