Film

Love, Simon

Récemment, j’ai eu entre les mains tous les sites de streaming qu’une femme moderne peut rêver avoir. Prime vidéo (que « j’essayais » intensivement pendant un mois) s’additionnait à Mubi qui se cumulait à Netflix et OCS auxquels s’ajoutait, vous n’en croirez pas vos oreilles, Disney+. Cette dernière plateforme étant celle que je connaissais le moins, c’est donc avec une joie non camouflée que je cherchais quelque chose de sympa à visionner. Sans trop réfléchir, j’ai traîné dans la catégorie romance et, perdue dans une liste sans fin de teen movies, j’ai fini par cliquer sur Love, Simon. J’en avais entendu parler plusieurs fois à sa sortie et il me semblait parfait pour une soirée pyjama.

Réalisé par Greg Berlanti (Bébé mode d’emploi) et sorti en 2018, Love, Simon suit l’histoire de Simon (si vous l’aviez deviné, bravo, vous êtes des exemples d’intelligence) un lycéen « comme les autres » inquiet de cacher son homosexualité à ses proches et d’atteindre l’université sans encombre.
Joué par Nick Robinson (que vous avez peut-être vu dans un autre film pour ados amoureux Everything, everything ou dans la mini-série Netflix Maid) notre personnage éponyme est accompagné de tout un cast de jeunes dont les têtes ne sont pas totalement inconnues. On retrouve par exemple Katherine Langford (13 reasons why, A couteaux tirés) ou encore Keiynan Lonsdale (Divergente 2 & 3, Flash, Work it). Et dans le rôle des parents de Simon, les fringants Jennifer Garner (Elektra, Alias) et Josh Duhamel (Transformers).

Love, Simon (2018) © 20th Century Fox

Si reconnaître plusieurs acteurs fait toujours plaisir, j’espérais avant tout une bonne distraction. Après tout, quelques long-métrages du type m’ont plu récemment, alors pourquoi pas Love, Simon ? Et pourtant, je dois avouer que dès le début de l’histoire, quelque chose ne me faisait pas rêver. La présentation du personnage principal peut-être qui répète plusieurs fois qu’il est un adolescent « comme les autres » au sein d’une famille des plus communes alors qu’il appartient à une classe plutôt aisée et que Robinson a l’air d’avoir dix ans de trop. C’est ce côté « comme tout le monde » avec une surcouche de privilèges inavoués qui m’a tout de suite fait grimacer. Simon n’est pas vraiment comme tout le monde, il a de la chance, notamment dans le soutien de ses parents (aussi bien financier que moral, on le sent dès le début). Bien sûr, je suis d’accord : il faut des films avec des personnages principaux gays dont les péripéties principales ne sont pas d’en découdre avec l’homophobie de leur famille. Cela dit, c’est aussi important de ne pas prétendre que les parents ouverts d’esprit sont une norme partout, comme le sous-entend un peu pompeusement notre Simon.

Voici donc le premier élément qui m’a remis le pied à l’étrier de la critique. Je suis passée outre cette maladresse parce que sur Netflix, Disney+ et autres, les comédies romantiques hétéros niaises ne manquent pas et que j’imagine que les comédies romantiques homosexuelles ont aussi le droit à leur pendant de ganache. J’ai laissé couler cet aspect du scénario qui me plaisait moins et je me suis concentrée sur les trucs chouettes comme la relation épistolaire de Simon et du mystérieux Blue. L’idée que Simon tombe amoureux sans avoir besoin de connaître le physique du destinataire de ses mails. Ou le fait de voir une famille relativement saine à l’écran.

Une grande partie de l’histoire est un peu naïve et très voix off et je pensais réussir à m’en contenter jusqu’à ce que le malheur ne sonne à la porte. Et le malheur, mes chers lecteurs venus par centaines pour la rentrée du blog, ce sont les amis de notre héros. Son lycée, en général est un lieu relativement nocif et on comprend assez rapidement pourquoi Simon n’avait aucune envie d’y faire son coming out. Coming out qui (pour ceux qui n’auraient pas vu le film mais qui ont l’audace de lire cet article quand même) n’est pas choisi par Simon puisqu’un autre élève, Martin (Logan Miller), annonce sur un blog très populaire au lycée (et apparemment au collège vu que la sœur de Simon le lit dans la minute) l’homosexualité de Simon. Il en profite pour partager les mails de Simon et de Blue, le tout pour se venger que Simon -qu’il faisait chanter depuis des semaines- ne lui ait pas arrangé un coup avec une de ses amies, Abby (Alexandra Shipp). « Mais pourquoi tu racontes tout ça ? » me direz vous. Attendez, j’y arrive. Visualisez donc, un lycéen malhabile outé de force, au sein d’un lycée d’idiots où l’imbécilité des élèves concurrence celle du proviseur (d’ailleurs, je ne sais pas si j’ai apprécié ou non que son homophobie ordinaire ne soit soulignée par personne). Lycéen qui se fait trainer dans la boue après avoir subi du chantage pendant des lustres et qui, en plus, se fait lâcher par ses amis. Si le film ne débouche pas immédiatement sur 13 reasons why, je ne sais pas ce qu’il nous faut.

Love, Simon (2018) © 20th Century Fox

Je crois que j’ai hurlé pendant un tiers du film. Pas moyen de savoir si le livre Simon vs. the Homo Sapiens Agenda de Becky Albertalli traite les choses de la même manière, je ne l’ai pas encore lu, mais à l’image, en tout cas, c’est insoutenable. Au milieu du self, Simon se fait tourmenter par deux autres lycéens qui le singent pour son coming out. C’est son premier jour de retour au lycée, tous ses amis lui font la tête pour des raisons que je peux entendre mais qui sont tellement moindres que ce qu’il est en train de vivre (la communication n’est pas au beau fixe), et ils le regardent littéralement se faire harceler devant tout le monde sans rien faire.

C’est un peu tragique que dans un film du type, aucun « jeune » n’intervienne face à l’injustice de la scène et que ce soit une prof (pas le personnage le plus intéressant du scénario d’ailleurs) qui doive hausser le ton. La réparation de l’injustice n’arrive jamais. L’idée soutenue est que le héros, en tentant d’aider Martin à conclure avec Abby sous la menace, a empêché ses deux amis, Abby et Nick de se mettre ensemble. Lorsqu’ils lui reprochent la chose, Abby et Nick sont en couple, ils ont l’air heureux, personne n’est mort ou n’a déménagé au Nebraska mais c’est pas grave, rajoutons une couche sur les épaules du copain gay dont la vie vient d’être bouleversée, c’est clairement la meilleure chose à faire. Et comme à cause de Simon, ils n’ont pas pu se pécho plus tôt, il est clair que la réponse adéquate est de le regarder se faire détruire psychologiquement par deux abrutis sans rien dire. En fait, même si je l’ai trouvé un peu stupide, j’avais vraiment de la peine pour Simon qui n’a rien demandé et sur lequel on défèque allègrement. Par ailleurs, si vous l’ignoriez, il n’y a rien que j’apprécie plus qu’un bon recadrage de gros cons, alors j’étais clairement sur ma faim.

Image promotionnelle et jeux de mots – Love, Simon (2018) © 20th Century Fox

Pour conclure, après une base un peu fragile, ni le développement ni la conclusion du film ne m’ont séduite. J’étais prête à faire des concessions mais j’ai découvert en cours de visionnage que je n’étais définitivement pas si souple. L’histoire est trouée, c’est une comédie-romantique-emmental, et j’aurais pu faire une liste des incohérences si j’en avais eu le courage. Une série, Love, Victor reprend les lieux, thèmes et personnages du film et, bien que je sois un peu curieuse (un rien me rend curieuse il faut dire), je n’ai pas encore le courage de m’y confronter. Peut-être que dedans les amis de Simon se prennent enfin dans la tronche ce qu’ils méritent, si quelqu’un peut me confirmer ce point j’aurais beaucoup plus de motivation à me lancer !

C’est un plaisir de vous retrouver après de bonnes vacances ! Ne restez pas sans rien dire quand une personne tient des propos homophobes devant vous. ❤

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