Film

Patients

À 12 ans, je connaissais toutes les chansons de Grand Corps Malade et j’usais mon unique album Midi 20 en pressant inlassablement le bouton replay de mon petit poste rouge. Et, lorsqu’à 14 ans je me lançais dans une passion enflammée pour la fanfiction Naruto, je réussissais à trouver des AMV avec des titres de Grand Corps Malade pour bande son. Impossible de les retrouver aujourd’hui, j’y ai passé quelques heures et, pour peut-être pour me réconforter de ne plus y avoir accès, je me suis demandée : « il a fait quoi Grand Corps Malade récemment ? »

Ma passion du slam a été contenue dans ces quelques années d’adolescence et je dois dire que depuis je ne me suis plus penchée dessus. J’avais apprécié la présence de l’artiste comme doubleur dans La mécanique du cœur (plus que j’avais apprécié le film en lui-même) et j’avais entendu dire, par ma source sûre, qu’il s’était essayé à la réalisation de façon plutôt réussie. Voilà, en quelques mots, comment s’est déroulée ma rencontre avec le film Patients.

Adapté du roman autobiographique de Grand Corps Malade, qu’il réalise en duo avec Mehdi Idir, Patients suit l’arrivée de Ben en centre de rééducation après un accident qui l’a laissé tétraplégique. Dans ce nouveau microcosme, le jeune homme apprend à renouer avec un corps qui se dérobe inéluctablement, à rêver à sa vie d’avant, à compter sur des soignants pas toujours faciles à vivre et surtout, à attendre.

Patients © Mandarin Production & Kallouche Cinéma

Très vite, le film qu’on pensait être un drame social complet devient l’histoire d’une amitié immense entre Ben et d’autres internes du centre. Sarcastique et vanneuse, une réelle bande de potes se crée entre deux séances de rééducation, elle est composée de Ben, Toussaint, Farid et Steeve, parfois de Samia et vogue au gré des difficultés d’un quotidien au futur incertain. Cette variation des moments graves et des tons légers est une vraie réussite du film, elle est portée par un casting particulièrement bien choisi. Tout d’abord en la personne de Ben, Pablo Pauly, que je découvre ici dans une justesse et un respect du rôle incroyables (la très légère ressemblance avec Grand Corps Malade étant un plus) puis en ses proches Soufiane Guerrab (Farid) vu récemment dans Lupin, le solennel Moussa Mansaly (Toussaint) aussi présent dans La vie Scolaire, le très touchant Franck Falise (Steeve) qui m’a un peu mis la larme à l’œil. Dans le corps soignant, on a l’insupportable joie de vivre d’Alban Ivanov que vous avez forcément vu ailleurs ou encore Anne Benoît qui était aussi dans Lupin (petit monde que l’audiovisuel français).

Grâce à ce groupe terriblement humain, on rentre dans le film avec une facilité presque documentaire. Je ne suis pas experte en la matière, mais il m’a semblé que ce long-métrage recherchait un réalisme particulier. J’ai même lu que le tournage avait été effectué dans le centre où l’artiste a lui-même fait sa rééducation, Patients devient alors un écho de son passé, un récit de fiction basé sur une expérience réelle.

Malgré son sujet complexe, la voix du film nous entraîne au plus proche des personnages. On vit le combat de Ben tout comme ses attentes interminables et sa vulnérabilité face au monde. C’est dans cette proximité qu’on remarque finalement la rupture entre les habitants du centre de rééducation et la société extérieure. Il s’agit d’ailleurs d’une question principale des protagonistes : comment se réadapter à leur vie d’avant lorsque l’on ne perçoit plus que le handicap en eux ?

On note qu’entre patients, ils échangent en s’acceptant totalement les uns les autres, mais dès qu’un visiteur arrive, ils assistent à son blocage. Pour les étrangers au centre, l’humain apparaît souvent après son handicap. La plupart des spectateurs de ce film sont d’ailleurs sans doute à ranger du côté des « étrangers » plutôt que de celui des « internes ». Cela dit, Patients nous offre ce cadeau de nous inviter sur les bancs de la rééducation et nous pousse à chercher à comprendre l’autre plutôt qu’à le juger, à accepter sa vie, à comprendre ses difficultés… En bref : à tendre la main ! Et si ça ce n’est pas une bonne raison de voir ce superbe long-métrage, je ne sais pas ce qu’il faut !

Patients © Mandarin Production & Kallouche Cinéma

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