Film

Ad Astra

De là où je me tiens, les pieds bien sur Terre, tout me semble à la fois loin et proche. Par exemple la distance Marseille-Lille, (celle qui me sépare de mes cadeaux à Noël) c’est 193 heures de marche, à un rythme soutenu et sans arrêt. Mais la distance Marseille-Lille c’est aussi 5 heures de Ouigo, à condition qu’il ne parte en retard. Les distances, sur Terre, avec les avions, les trains et la course à pieds, ont tendance à me sembler bien moins imposantes aujourd’hui que lorsque j’avais cinq ans et que je croyais qu’il fallait huit jours pour aller en Chine. Lorsque je suis allée voir Ad Astra hier soir avec des amis, la question de la distance Marseille-Lune s’est naturellement imposée.

Ad Astra, l’épopée spatiale réalisée par James Gray, est le genre de film qu’il faut absolument voir au cinéma : les étroits écrans de la télévision terrienne ne sauraient pas retranscrire la beauté du cosmos. Cela dit, nulle beauté n’est suffisante si son contenu ne tient lui-même pas la route. Pour cela, je vous rassure, Ad Astra fait l’aller-retour Marseille-Saturne sans dommages notables.

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Dans sa construction, le film offre une atmosphère (eheh, jeu de mot) profondément monotone. Ce que nous voyons nous émerveille sans doute, mais sous le prisme de la subjectivité de Roy McBride (Brad Pitt), astronaute émérite et fils du célèbre explorateur spatial disparu Clifford McBride (Tommy Lee Jones) cet espace infini ne semble plus être qu’une mission de routine. Une des choses profondément appréciable sur ce film est, selon moi, sa recherche sincère de réalisme. L’histoire se déroule dans un futur proche où, si l’espace est une chose déjà conquise, on ne se retrouve pas pour autant assailli d’extraterrestres humanoïdes à tout bout de champ. Non, l’homme est dans l’espace, certains y sont même nés, mais aucune forme de vie consciente n’a encore été découverte, au grand dam de certains protagonistes.

Alors pourquoi c’est si bien, l’infini de l’espace avec seulement quelques péons en fusée et aucun E.T au doigt lumineux en vue ?
Pour expliquer mon attrait pour la chose, je suis obligée de parler du manga Planètes, 4 volumes écrits et illustrés par Makoto Yukimura et publiés entre 2001 et 2004. Je les avais dévoré il y a quelques années et ils n’ont pas baissé dans mon estime depuis. Ce manga, c’est le quotidien d’une équipe d’éboueurs de l’espace, débarrassant le cosmos des débris en tous genres qui pourraient créer des accidents mortels dans les trajets interplanétaires. Dis comme ça, ça ne sonne pas glorieux, et en effet, ça ne l’est pas vraiment. Pourquoi ? Et bien parce qu’un travail reste un travail et que, dans l’espace ou non, il finit toujours par ne plus être que la vie de tous les jours.

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Roy McBride se raccroche à ses missions afin d’oublier les failles qui l’ont empêché de s’épanouir ailleurs que dans le milieu professionnel. Il est incontestablement bon à ce qu’il fait, pourtant, sa vie n’est pas parfaite comme l’explique très clairement la litanie mélancolique de ses pensées perçues en voix off.

Ce que l’on ressent, c’est qu’il n’y a pas vraiment d’inquiétude à avoir, peu importe la situation, le personnage principal maîtrise. Lors des diverses péripéties qui marquent son voyage il sera ce professionnel plein de sang froid qui ne failli jamais. Ces multiples épreuves m’ont beaucoup plu personnellement car elles donnent un panel des risques de ce quotidien dans l’espace, d’un autre côté, elles m’ont un peu fait perdre de vue la quête première du film qui est passée au second plan lors de ce premier visionnage.

Avec le recul, comme d’habitude, tout devient plus clair, et la dualité de Roy surgit d’entre les lignes. La fragilité transparaît sous la combinaison spatiale. Et la complexité des différents personnages m’apparaît quasi précieuse dans cette épopée centrée sur un seul homme. Je sais déjà que j’aurai besoin d’un second voyage entre les étoiles pour mieux en visualiser les couleurs, en attendant je reste rêveuse en regardant vers le ciel. Pensez vous qu’un jour les ouigo iront sur la lune ?

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