Lecture

Le Goût Amer de l’abîme

Ça fait en réalité un petit moment que j’ai terminé ce livre de Neal Shusterman (présenté dans l’article sur le Pumpkin Autumn Challenge au début du mois) intitulé en français Le goût amer de l’abîme (et en anglais Challenger Deep). Il m’a fallu un moment de lecture avant de savoir réellement si ce roman classé young adult (mais, vous le verrez, assez universel) me plaisait ou non.

Dans cette histoire écrite à la première personne nous suivons Caden, un adolescent de 15 ans qui, entre chaque chapitre oscille entre un monde réel qui le rend paranoïaque, une vie imaginaire à bord d’un lugubre bateau pirate et des cauchemars peuplés de monstres portant des masques.
Si cette ambiance un poil anxiogène rebuterait la plupart des lecteurs, c’est pourtant elle qui m’a attirée vers cette lecture. Notamment pour la volonté de l’auteur de présenter son roman comme une oeuvre de non-fiction. Pour Shusterman, il s’agit d’une manière de représenter le spectre des maladies mentales qui peut toucher n’importe qui.

Je dois dire pourtant que les cent premières pages ne m’ont pas totalement convaincue. Comme on rentre directement dans la vie et dans la tête de Caden Bosch, il n’y a pas spécialement d’introduction des personnages qui vont et viennent au fil des (très courts) chapitres sans que l’on comprenne vraiment quelles sont leurs relations avec le personnage principal. Je trouvais également le style de Shusterman très lourd avec un besoin de « métaphoriser ses métaphores » (expression brevetée) qui force, à mon goût, un peu trop le trait.

Ma lecture ne s’est pas arrêtée pour autant, et j’ai finalement été embarquée par ce livre qui prend son temps pour la mise en place. Les dissociations que Caden fait de lui-même (en passant du « je » au « tu » comme s’il devenait le propre spectateur de ses mésaventures) étaient particulièrement intéressantes. Les parallèles entre les différents mondes de Caden aussi d’ailleurs, mais je ne voudrais pas trop en dire car les petites découvertes cachées au cours de l’histoire sont assez agréables à faire soi-même.

Dans Le goût amer de l’abîme il y a l’angoisse, mais il y a aussi l’apaisement, une grosse partie du récit se déroule pendant une convalescence qui ne se terminera probablement jamais vraiment. C’est un fragment de la vie en hôpital psychiatrique pour adolescents qu’il nous est donné de voir et cette fenêtre sur la réalité rappelle qu’en soi, rien n’est inéluctable. Et je suis toujours ravie de pouvoir lire des oeuvres qui m’offrent l’envie d’en connaître plus sur des aspects inconnus du monde réel.

La douceur amer de l’abîme de Shusterman n’a pas été un coup de cœur immédiat, mais a su petit à petit charmer mes émotions. J’ai apprécié ma lecture ponctuée des dessins intriqués de Brendan Shusterman, fils de l’auteur. Je la conseille à toutes les personnes intriguées, touchées ou concernées par les maladies mentales, si elles aussi sont prêtes à plonger.

(photographie de Thanos Pal)

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