Série

Girls

Née de la question « Mais qu’est-ce qu’il a fait avant, Adam Driver ? » à la suite d’un visionnage du dernier film de Leos Carax, Annette, mon ingestion de la série Girls a duré moins de onze jours et est passée comme une lettre à la poste. Forte de cette expérience qui a peut-être ou peut-être pas définitivement abimé ma cornée, je me retrouve poussée à prononcer ces mots terribles : faisons le point.

Image promotionnelle, Girls saison 6, créé par Lena Dunham. – HBO 2012-2017

Issue de l’imagination fertile de la New Yorkaise Lena Dunham, Girls est une série en six saisons ou soixante-deux épisodes sortie entre 2012 et 2017. On y suit quatre filles (mais surtout Hannah) habitant à New York et se démerdant comme elles le peuvent dans un monde post-études supérieures qui ne leur mâche pas le travail. L’amitié compliquée d’Hannah, Jessa, Marnie et Shoshanna devient notre point de repère dans les tumultes de la grande ville. On regarde leurs liens se faire et se défaire, se tendre jusqu’à un point de rupture qu’on imagine au détour du chemin et finalement on s’interroge : toutes les amitiés sont-elles bonnes à garder ?

Du côté de la forme, Girls est classique et dans les normes bien efficaces que l’on retrouve de nos jours : un générique réduit à un titre musical, un rythme qui fonctionne sans dévier de la voie habituelle, des chansons de fin d’épisode censées nous glisser la larme à l’œil. Ce n’est pas de ce côté que l’on révolutionne l’industrie de la série. Non, ce qui fonctionne ici c’est surtout la construction des personnages et l’humour immanquable de Dunham.

On tirera notre chapeau (je dis « on » comme si toute une rédaction était en train de confirmer mes propos, comme si je n’étais pas seule en short dans mon canapé… Permettez moi de poursuivre) aux nombreuses scènes autour des toilettes. C’est un détail dans la série mais assez notable pour le souligner : les personnages vont aux toilettes et ce n’est pas un gag, c’est juste un moment de leur vie. On les voit d’ailleurs peut-être plus assis sur le trône qu’en train de cuisiner. Kudos pour le réalisme. Cette approche de la réalité permet un véritable usage de la matière du quotidien, des petites choses qui font que la vie en elle-même n’est pas toujours terrible mais qu’elle est drôle à raconter. Et c’est vraiment ça, au fond, l’ambiance de Girls.

Les quatre plus-ou-moins-héroïnes de la série portent ainsi très bien les valeurs humoristiques du show : Shoshanna avec sa naïveté quasi handicapante et ses coiffures tellement travaillées qu’elles en deviennent une marque de fabrique ridicule, Marnie dont la raideur naturelle contraste avec le besoin d’être remarquée en permanence malgré la gêne que ses spectacles improvisés peuvent procurer à leur public malencontreux, Jessa qui détruit tout autour d’elle avec un flegme que rien n’ébranle et enfin Hannah qui semble vouloir construire sa carrière d’autrice à l’aide d’une poignée de pâte à modeler et dont chaque tentative d’être prise au sérieux se termine dans un embarras des plus tangibles.

Au détour de ces six saisons il nous sera également donné de croiser d’autres personnages comme l’insipide Charlie ou l’incroyable Ray qui était sans doute un de mes personnages préférés de la série. Celui qui m’a lancé dans ma découverte n’a pour autant pas été encore cité et pourtant il n’est pas des moindres. Il s’agit de l’inénarrable Adam Sackler, incarné par Adam Driver. Son personnage obtient au fur et à mesure de la série autant d’importance que le quatuor féminin (tant est si bien qu’il est nommé avant Shoshanna sur IMDB) et je pense qu’au final c’est l’évolution de la relation d’Hannah et Adam qui m’a fait tenir jusqu’au bout de la série.

Hannah (Lena Dunham) dans Girls, série créée par elle-même. – HBO 2012-2017

En effet, passés les passages croustillants d’humour, j’ai rapidement trouvé que la série tournait un peu en rond. Elle se laisse regarder et apprécier, c’est sûr ! Mais maintenant que je l’ai achevée je me dis que je l’aurais peut-être plus appréciée en tant que visionnage occasionnel que sans interruption pendant plusieurs jours (alors que beaucoup de séries se dévorent de cette manière sans indigestion !). J’ai eu l’impression au cours de mon exploration que si les personnages étaient riches de développement pour la plupart, ils n’avaient pas vraiment de place dans le scénario pour briller et, comble de la frustration, lorsque l’occasion leur est donnée de se faire remarquer (en bien), ils se vautrent !

J’ai eu du mal à comprendre ce qui pêchait dans Girls, alors que sur le papier tout semblait correspondre à mes attentes mais finalement voici ce sur quoi je me suis arrêtée : les personnages ne sont pas appréciables. Il y a un peu de tout dans cette série, des épisodes truculents mais avec des personnages qui font du surplace ou des personnages qui reprennent du poil de la bête dans des épisodes qui ne leur laissent aucune chance de réussite. Je ne me suis pas vraiment attachée à Hannah passée la première saison : j’aimais le fait qu’elle écrive mais elle semble se saboter à chaque fois qu’elle trouve un nouveau projet d’écriture. Au final la série m’a donné une image déprimante de la vie d’écrivain qui, on ne va pas se mentir, aurait pourtant bien besoin d’être un peu glamorisée (pas au point de Sex and the City, mais vous m’entendez).

Il est donc très difficile de s’accrocher à la série et j’ai eu un peu de mal à la terminer tant je ne « tenais » pour aucun de ses protagonistes. Les côtés positifs de la série : la réflexion sur la sexualité ainsi que l’apparition de corps hors taille 36 à l’image, Adam Driver, la pluralité de points de vue, sont atténués par le fait que les personnages semblent vouloir saborder leur relation avec le spectateur. Au bout de trois saisons j’étais déjà navrée de devoir suivre une bourde de plus de la part d’Hannah qui reste malgré tout le personnage le plus mis en avant. Et tristement dans une ville aussi cosmopolite que New York et à une époque aussi proche que 2012, la série est impitoyablement blanche si l’on omet un crochet de quelques épisodes au Japon duquel rien de très intéressant ne ressort.

Des pistes manquées donc pour une série qui, à la même époque que Fleabag, touche à des thèmes sans travailler en profondeur. Je ne regrette pas mon visionnage et je pense que de nombreuses personnes ici y trouveront leur compte mais je déplore tout de même la conclusion de la série qui conduit avec une mélancolie, trop poussée à mon goût, et une disparition tragique des personnages, à un dernier épisode que j’aurais trouvé génial s’il n’était pas rattaché à Girls. Au bout de cinq ans de diffusion, la série m’a semblé perdre son propos et ne pas savoir comment finir.

J’espère ne pas vous avoir effrayé avec cet avis et j’écouterais avec plaisir votre opinion sur cette série qui reste malgré tout une référence dans son domaine. D’ailleurs si plus d’informations sur la série vous intéressent je vous conseille le fascinant essai documentaire d’Iris Brey : Sex in the Series dont un épisode est consacré à Girls. On en reparlera !

Girls série créée par Lena Dunham – HBO 2012-2017

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